Publié le 12 mars 2024

Le lagon de La Réunion est une réserve naturelle sous haute surveillance, pas une simple zone de baignade. L’ignorer peut vous coûter très cher.

  • Franchir les balises jaunes, utiliser une crème solaire non autorisée ou déranger une tortue sont des infractions environnementales passibles d’amendes.
  • Marcher sur le corail, même s’il ressemble à un rocher, détruit l’habitat de milliers d’espèces et est strictement interdit.

Recommandation : Avant chaque baignade, considérez-vous comme un invité dans un sanctuaire. Votre responsabilité est de connaître et d’appliquer ces règles pour préserver ce patrimoine unique.

Bienvenue à La Réunion. Devant vous, le lagon déploie ses nuances de turquoise, une invitation à la baignade qui semble idyllique et sans contrainte. C’est là que réside la première erreur du visiteur non averti. Cet espace n’est pas une piscine naturelle en libre accès. Vous êtes sur le point d’entrer dans la Réserve Naturelle Marine de La Réunion (RNMR), un écosystème fragile et l’un des joyaux de la biodiversité française. En tant qu’éco-garde, mon rôle n’est pas seulement de surveiller, mais de vous informer. Chaque jour, je vois des gestes qui semblent anodins mais qui ont des conséquences dévastatrices sur le corail, les tortues et l’ensemble de la vie marine.

Beaucoup pensent qu’il suffit de « ne pas laisser de déchets » pour être un visiteur respectueux. C’est une base, mais c’est largement insuffisant ici. La protection du lagon repose sur un ensemble de règles précises, souvent méconnues, qui encadrent vos moindres faits et gestes. Il ne s’agit pas de simples recommandations, mais d’obligations légales dont le non-respect est sanctionné. Oubliez ce que vous savez des plages de métropole ou des Caraïbes ; le lagon réunionnais a son propre mode d’emploi, dicté par sa vulnérabilité.

La véritable clé pour profiter de ce trésor n’est pas seulement d’admirer sa beauté, mais de comprendre sa fragilité et d’adopter un comportement de gardien. Cet article n’est pas un guide touristique classique. C’est le briefing que je ferais à toute personne avant qu’elle ne mette un pied dans l’eau. Nous allons passer en revue les règles fondamentales, les interdictions implicites et les erreurs qui peuvent transformer votre baignade de rêve en infraction environnementale. L’objectif est simple : que vous puissiez profiter du lagon en toute conscience, en contribuant à sa protection plutôt qu’à sa dégradation.

Pour vous guider, cet article détaille les points de vigilance essentiels, depuis les zones interdites jusqu’au matériel à privilégier. Chaque section répond à une question concrète pour vous permettre d’agir correctement sur le terrain.

Zone de protection renforcée : comment repérer les balises jaunes à ne pas franchir ?

La règle la plus absolue du lagon concerne ses frontières invisibles. Au sein de la Réserve Marine, il existe des « zones sanctuaires » ou zones de protection renforcée (ZPR). Ce sont les pouponnières du récif, des secteurs vitaux pour la reproduction des espèces, où toute présence humaine est strictement interdite. Pénétrer dans ces zones, même de quelques mètres, n’est pas une simple erreur, c’est une infraction. Pour les matérialiser, de grandes balises jaunes de plusieurs mètres de haut sont plantées dans le lagon. Elles forment une ligne claire qu’il est formellement interdit de dépasser.

Poteaux jaunes délimitant une zone sanctuaire dans le lagon de l'Ermitage avec panneau explicatif sur la plage

Ces sanctuaires abritent une part essentielle de la biodiversité du lagon, qui compte plus de 3 500 espèces animales et végétales protégées. Le moindre dérangement, comme le simple bruit de vos palmes, peut perturber des cycles de reproduction fragiles. Il existe cinq zones sanctuaires principales : deux à L’Ermitage, une à la Pointe des Châteaux (Saint-Leu), une à Saint-Leu face au cimetière et une à L’Étang-Salé. Avant de vous mettre à l’eau, prenez le temps de consulter les panneaux d’information de la RNMR présents sur les plages. Ils vous indiquent précisément les limites à ne pas franchir. Votre vigilance est la première protection de ce sanctuaire écologique.

Pourquoi votre crème solaire habituelle est interdite implicitement dans le corail ?

La deuxième menace, plus insidieuse, est chimique. Vous pensez bien faire en vous protégeant du soleil, mais votre crème solaire est peut-être un poison pour le corail. La réglementation ne l’interdit pas explicitement, mais les faits scientifiques sont sans appel. De nombreuses crèmes solaires traditionnelles contiennent des filtres chimiques qui, même à très faible dose, sont extrêmement toxiques pour les écosystèmes coralliens. Ils provoquent le blanchissement du corail et perturbent sa reproduction.

Une expertise de l’Anses, s’appuyant sur des données collectées notamment à La Réunion, a formellement identifié l’impact dévastateur de ces produits. Selon cette étude confirmant l’effet négatif des crèmes solaires, trois substances sont particulièrement nocives : l’oxybenzone, l’octinoxate et l’octocrylène. Vérifiez la composition de votre produit ; si l’un de ces noms apparaît, ne l’utilisez pas dans le lagon. La responsabilité du baigneur est de choisir des alternatives respectueuses.

Alternatives aux crèmes solaires toxiques disponibles à La Réunion
Type de protection Impact sur les coraux Disponibilité locale
Crèmes avec filtres chimiques (oxybenzone, octinoxate) Toxique – provoque le blanchissement Largement disponibles mais déconseillées
Crèmes minérales (oxyde de zinc, dioxyde de titane) Sans danger identifié Laboratoires de Biarritz, Avène en pharmacies
Vêtements anti-UV (lycra, t-shirts) Aucun impact Recommandés par la Réserve Marine

La meilleure protection pour vous et pour le lagon reste la protection physique : un t-shirt anti-UV (lycra), un chapeau et des lunettes de soleil. Pour les parties du corps exposées, optez impérativement pour une crème solaire à base de filtres minéraux (oxyde de zinc ou dioxyde de titane), sans nanoparticules. C’est un petit effort qui a un impact immense sur la survie du récif.

L’erreur de vouloir toucher une tortue marine qui peut vous coûter cher

Croiser une tortue marine (tortue verte ou imbriquée) est un moment magique que beaucoup espèrent vivre. Cette rencontre peut cependant virer au cauchemar juridique si vous ne respectez pas les règles. Les tortues marines sont des espèces protégées. Les déranger, les poursuivre, les toucher ou les nourrir est strictement interdit par la loi et considéré comme une infraction environnementale. L’intention, même bonne, ne constitue pas une excuse. Tenter de « jouer » avec une tortue ou de la toucher pour une photo est un acte de harcèlement qui stresse l’animal et peut perturber son alimentation ou sa reproduction.

Les peines encourues en cas de non-respect de cette réglementation sont de 150 000 € d’amende et 3 ans d’emprisonnement.

Article L 415-3 du Code de l’Environnement

Au-delà de ces peines maximales pour les cas les plus graves, un dérangement intentionnel constaté par les brigades de la Réserve ou les forces de l’ordre peut entraîner une amende forfaitaire immédiate. La réglementation est claire et appliquée : un simple contact peut vous exposer à une amende de 750€ pour dérangement intentionnel. C’est un prix élevé pour un selfie. L’écosystème sous surveillance dispose de moyens pour faire respecter la tranquillité de sa faune. La seule approche acceptable est l’observation passive et à distance.

Votre plan d’action : charte d’observation respectueuse des tortues

  1. Maintenir une distance minimale de 5 mètres avec l’animal, que ce soit sur les côtés ou au-dessus.
  2. Ne jamais poursuivre une tortue, bloquer sa trajectoire vers la surface ou tenter de la toucher.
  3. Privilégier une approche latérale, calme, sans mouvements brusques ni éclaboussures pour ne pas l’effrayer.
  4. Limiter le temps d’observation pour minimiser le stress de l’animal, surtout si plusieurs personnes sont présentes.
  5. En cas de découverte d’une tortue blessée ou en détresse, ne pas intervenir et contacter immédiatement le réseau échouage de Kélonia au 0692 65 37 98.

Marcher sur les « rochers » : pourquoi vous tuez l’habitat des poissons sans le savoir ?

Dans le lagon, ce que vous prenez pour de simples « rochers » ou des « cailloux » sont en réalité des colonies d’animaux vivants : le corail vivant. Marcher dessus, même pour simplement se reposer ou ajuster son masque, revient à écraser des centaines de minuscules polypes qui ont mis des années, voire des décennies, à se construire. C’est l’une des erreurs les plus communes et les plus destructrices observées dans le lagon. Chaque pas brise la structure calcaire fragile, créant des blessures qui mettent un temps infini à cicatriser, si elles y parviennent.

Détail macro d'une structure corallienne montrant sa texture fragile et poreuse

Ces formations coralliennes ne sont pas juste décoratives ; elles constituent l’habitat, le garde-manger et la nurserie de la quasi-totalité des poissons du lagon. En marchant dessus, vous détruisez littéralement leur maison. La règle est donc simple et sans exception : ne jamais poser le pied sur le corail. Privilégiez les zones sableuses pour vous déplacer. Si vous êtes dans une zone peu profonde, le mieux est de « faire la planche » et de palmer doucement, ou de rebrousser chemin si vous n’avez pas assez d’eau pour nager au-dessus des formations sans risquer de les toucher.

La Réunion fait partie de l’archipel des Mascareignes, une zone identifiée comme l’un des 10 principaux « hot spots » mondiaux de biodiversité marine. La surface de nos récifs est faible, ce qui rend chaque centimètre carré d’autant plus précieux. Le piétinement est une pression énorme sur cet écosystème déjà fragilisé par le réchauffement climatique et la pollution.

Marée haute ou marée basse : quand se baigner pour ne pas abîmer les fonds ?

Le respect du lagon est aussi une question de timing. Le niveau de l’eau, dicté par les marées, change radicalement les conditions de baignade et les risques pour l’écosystème. Se baigner à marée basse est une très mauvaise idée. La hauteur d’eau est alors si faible que les massifs coralliens affleurent à la surface. Le moindre coup de palme, même involontaire, peut briser des branches de corail. C’est également à ce moment que vous risquez le plus de vous blesser sur les coraux ou les oursins.

La règle d’or est de privilégier la baignade à marée haute. Pour être certain d’avoir une hauteur d’eau suffisante, il est conseillé de se baigner lorsque le coefficient de marée est supérieur à 60. Cela garantit une couche d’eau protectrice entre vous et le fond fragile du lagon. La marée montante est particulièrement idéale pour le snorkeling, car le courant entrant amène de l’eau claire et améliore la visibilité.

Voici quelques réflexes à adopter pour planifier votre baignade en fonction des marées :

  • Consultez les horaires et coefficients de marée pour Saint-Gilles sur des sites spécialisés ou des applications comme celle du SHOM avant de partir.
  • Évitez absolument les périodes de basse mer, surtout lors de grands coefficients, où le platier récifal peut être presque à sec.
  • Soyez vigilant à marée descendante près des passes (les ouvertures du récif vers le large), car les courants sortants peuvent être forts et dangereux.
  • N’oubliez pas que toute pollution est exacerbée à marée basse. Un seul mégot jeté sur la plage peut finir dans le lagon et, selon les observations, polluer jusqu’à 500 litres d’eau.

En choisissant le bon moment pour entrer dans l’eau, vous assurez à la fois votre sécurité et la préservation du récif. C’est un geste de planification simple qui témoigne d’une grande responsabilité de la part du baigneur.

Bassin Pirogue ou zone filet : où nager en sécurité avec des enfants en bas âge ?

La sécurité, surtout avec de jeunes enfants, est une priorité. Le lagon offre des zones naturellement protégées, mais toutes ne se valent pas en termes de tranquillité et d’équipements. Pour une baignade familiale sereine, deux types de sites se distinguent : les lagons peu profonds et surveillés, et les « bassins » naturels. Comme le souligne l’Office de Tourisme de l’Ouest, « l’Hermitage est très appréciée pour son arrière-plage ombragée par les nombreux filaos et ses eaux peu profondes idéales pour les enfants ». C’est en effet le lieu de prédilection des familles.

Cependant, d’autres options existent sur la côte Ouest, chacune avec ses spécificités. Les zones avec filets anti-requins, comme à Boucan Canot ou aux Roches Noires, sont sécurisées sur ce plan mais souvent sujettes à une forte houle qui les rend moins adaptées aux tout-petits. Le choix dépendra donc de l’âge des enfants et des conditions du jour.

Comparatif des zones de baignade familiales à La Réunion
Zone Profondeur max Surveillance Équipements famille Risques
Bassin Pirogue (Saint-Leu) 1,5m Non surveillé Parking, douches Oursins sur rochers
Lagon Ermitage (zone surveillée) 2m Poste MNS Filaos ombragés, snacks Très faible
Zones filets (Boucan Canot) Variable Surveillée si filet installé Restaurants proches Houle fréquente
Lagon Saint-Pierre 1-2m Partiellement Aires de pique-nique Courants aux passes

Pour les familles avec des enfants en bas âge, la zone du lagon de L’Ermitage-La Saline reste le choix le plus sûr et le plus confortable. La présence d’un poste de Maîtres-Nageurs Sauveteurs (MNS), la faible profondeur, l’absence de vagues et l’ombre des filaos en font un cadre idéal. Le Bassin Pirogue à Saint-Leu est une alternative charmante, mais son absence de surveillance et la présence d’oursins sur les rochers exigent une vigilance accrue de la part des parents.

Pourquoi le vent se lève-t-il souvent vers 11h sur la côte Ouest ?

Si vous passez une matinée sur les plages de l’Ouest, vous remarquerez un phénomène quasi immuable : une mer d’huile au lever du jour, puis une brise qui se lève progressivement pour s’intensifier aux alentours de 11h. Ce n’est pas une coïncidence, mais un phénomène météorologique local appelé la brise thermique. Comprendre son mécanisme permet de mieux planifier ses activités et d’éviter quelques désagréments.

Le matin, le soleil chauffe les hauts reliefs volcaniques de l’île, comme le massif du Piton des Neiges, beaucoup plus rapidement que la surface de l’océan Indien. L’air chaud au-dessus des terres s’élève, créant une zone de basse pression. Pour combler ce « vide », un appel d’air se crée depuis l’océan (zone de plus haute pression) vers la terre. C’est cette circulation qui génère le vent que vous sentez se lever en fin de matinée. Ce vent, généralement orienté de la mer vers la terre, atteint son pic d’intensité entre 11h et midi avant de faiblir en fin d’après-midi.

S’adapter à ce cycle naturel est la clé pour profiter au mieux du lagon :

  • Snorkeling et Stand-Up Paddle : Planifiez ces activités avant 10h du matin pour bénéficier d’un plan d’eau calme et d’une visibilité optimale.
  • Pique-nique : Installez-vous à l’abri des filaos pour éviter que le sable soulevé par le vent ne s’invite dans votre carry.
  • Sports de glisse : Comprenez pourquoi les kitesurfeurs et véliplanchistes arrivent souvent en début d’après-midi, notamment à Saint-Leu ou La Saline, lorsque le vent est bien établi.
  • Kayak ou paddle : Une bonne stratégie est de partir face au vent faible le matin (en pagayant vers le sud par exemple) pour un retour facilité l’après-midi, poussé par la brise.

Ce vent n’est donc pas un désagrément, mais un élément structurant de la vie sur le littoral. En l’anticipant, vous transformez une contrainte potentielle en un atout pour l’organisation de votre journée.

À retenir

  • Le lagon est une réserve protégée : les balises jaunes, le respect des animaux et la non-dégradation du corail sont des obligations légales.
  • Votre équipement compte : privilégiez les vêtements anti-UV et les crèmes solaires minérales pour ne pas polluer l’eau.
  • Le timing est essentiel : préférez la marée haute pour nager et la matinée avant 10h pour les activités nautiques afin d’éviter le vent.

Comment débuter le snorkeling à l’Ermitage sans danger et en voyant des poissons ?

Le lagon de l’Ermitage est sans doute le meilleur endroit de La Réunion pour s’initier au snorkeling (randonnée palmée ou PMT). Ses eaux calmes, peu profondes et riches en vie marine en font un aquarium naturel accessible à tous. Pour que l’expérience soit une réussite, il faut cependant respecter quelques règles de base, qui sont la synthèse de tout ce que nous avons vu précédemment. Débuter en toute sécurité, c’est d’abord s’assurer d’avoir le bon équipement : un masque à sa taille, un tuba et des palmes qui ne blessent pas.

Le spot de l’Ermitage, et plus précisément la zone face à la « Passe », est particulièrement bien conservé. C’est là que vous aurez le plus de chances d’observer une grande diversité d’espèces colorées. Les récifs y sont dominés par des coraux branchus du genre Acropora, qui servent de refuge à de nombreux poissons-papillons, chirurgiens et demoiselles. Pour une première sortie, nul besoin d’aller loin. Restez dans la zone des 20 à 50 mètres du bord, où la profondeur est idéale et la vie déjà abondante.

Pour une initiation enrichissante, la Réserve Naturelle Marine organise régulièrement des randonnées aquatiques pédagogiques sur le sentier sous-marin de l’Ermitage. Accompagné d’un guide, vous apprendrez à identifier les espèces et à comprendre la fragilité de l’écosystème. C’est la meilleure façon de combiner découverte et éducation. N’oubliez jamais les règles d’or : ne touchez à rien, ni les coraux ni les animaux ; ne vous mettez à l’eau qu’avec une crème solaire respectueuse ; et ne piétinez jamais le fond, en flottant au-dessus des massifs coralliens.

Pour que votre première exploration soit inoubliable et sans impact, il est essentiel de maîtriser les bases du snorkeling respectueux.

En appliquant ces règles, vous ne faites pas que vous conformer à la loi : vous devenez un gardien actif du lagon. Votre prochaine baignade sera non seulement plus belle, mais aussi plus juste. Protégez ce que vous êtes venus admirer.

Rédigé par Marina Payet, Biologiste marine et monitrice de plongée certifiée, experte en écosystèmes coralliens et sécurité nautique à La Réunion. Elle dirige un centre de plongée éco-responsable à Saint-Gilles et milite pour la préservation du lagon depuis 12 ans.