Publié le 11 mai 2024

Vous rêvez de la nature primaire et luxuriante de La Réunion, mais l’idée de treks vertigineux vous intimide ? La forêt de Bélouve est la réponse. Ce n’est pas simplement une randonnée facile ; c’est un sanctuaire où l’émerveillement est accessible à tous, des familles avec poussettes aux seniors. Grâce à des sentiers aménagés, elle offre une conversation intime avec une forêt-cathédrale millénaire, prouvant que la plus grande des magies ne requiert pas le plus grand des efforts.

Imaginez une forêt où le temps semble s’être arrêté. Un lieu où les arbres se tordent en sculptures vivantes, drapés de mousses émeraude, et où le silence n’est rompu que par le chant d’oiseaux curieux. C’est la promesse de La Réunion, une île intense, exigeante, dont les plus beaux trésors semblent se mériter au prix de longues heures de marche et de dénivelés décourageants. Pour beaucoup, en particulier les familles avec de jeunes enfants ou les seniors, ce rêve de nature sauvage paraît inaccessible, un spectacle réservé aux randonneurs aguerris.

Face à ce défi, le conseil habituel est de se contenter des côtes ou de chercher des « petites balades » souvent moins spectaculaires. On se dit qu’il faut choisir entre l’effort et la frustration. Mais si la véritable clé n’était pas de renoncer, mais de trouver le lieu où la forêt elle-même vient à vous ? Si un sanctuaire naturel, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, vous ouvrait ses portes sans exiger de vous un exploit sportif ? C’est précisément la proposition unique de la forêt de Bélouve, un trésor des Hauts de l’Est.

Cet article n’est pas un simple guide de randonnée. C’est une invitation à changer de perspective. Nous allons découvrir ensemble comment Bélouve rend l’inaccessible possible. Nous verrons pourquoi sa nature est si généreuse, comment ses sentiers ont été pensés pour tous, et comment se préparer non pas à une épreuve, mais à une immersion sensorielle profonde et poétique. Oubliez la performance, et préparez-vous à la contemplation.

Pour vous guider dans cette exploration douce, nous aborderons les secrets qui font de Bélouve un lieu unique. De ses arbres emblématiques à sa faune familière, en passant par les astuces pratiques pour une journée parfaite, suivez ce chemin qui mène au cœur de la magie réunionnaise, sans effort.

Pourquoi les troncs des Tamarins sont-ils tordus et recouverts de mousse ?

Pénétrer dans la forêt de Bélouve, c’est entrer dans une cathédrale végétale sculptée par le temps. Le premier contact n’est pas avec un sentier, mais avec une atmosphère. Les protagonistes de ce décor sont les Tamarins des Hauts, des arbres endémiques dont les troncs noueux et tortueux semblent danser au ralenti. Leur forme n’est pas un hasard, mais le fruit d’une lente adaptation à un environnement de haute altitude, balayé par les vents et saturé d’humidité. Ces sculptures vivantes racontent une histoire de résilience, chaque courbe témoignant de siècles de croissance dans des conditions extrêmes.

Leur écorce est un monde en soi, entièrement tapissée d’un manteau de mousses, de lichens et de petites fougères. Ce tapis végétal luxuriant n’est pas un parasite, mais le signe d’un écosystème en parfaite santé. Dans cette forêt primaire où l’on estime qu’il existe plus de 80% de sa biodiversité préservée, l’air est si pur et humide qu’il permet à cette vie épiphyte de prospérer. La forêt « respire » l’eau, et les arbres en sont le support.

Pour véritablement entrer en dialogue silencieux avec ce lieu, il faut prendre le temps d’une immersion sensorielle. Ne vous contentez pas de regarder, mais engagez tous vos sens :

  • Toucher : Caressez les différentes textures de mousses. Certaines sont douces comme du velours, d’autres spongieuses, gorgées de l’eau des dernières brumes.
  • Regarder : Levez les yeux vers les lichens « barbe de Jupiter », qui pendent des branches en de longs filaments gris-vert, donnant aux arbres un air d’ancêtres sages.
  • Sentir : Inspirez profondément. L’odeur est un mélange puissant d’humus, de terre mouillée et de feuillage frais, le parfum signature des forêts de nuages.
  • Écouter : Tendez l’oreille. Le tapis de mousse étouffe les bruits, créant un silence feutré qui rend chaque chant d’oiseau, chaque goutte d’eau tombant d’une feuille, extraordinairement présent.

Ces troncs tordus ne sont donc pas seulement beaux ; ils sont la preuve vivante d’un écosystème d’une richesse et d’une pureté rares. Ils sont le cœur battant de Bélouve.

Sentier de l’École Normale : peut-on vraiment y aller en poussette ou fauteuil ?

La magie de Bélouve réside dans sa générosité. Elle ne réserve pas ses merveilles aux seuls athlètes. Le principal sentier menant au point de vue sur le Trou de Fer, connu comme le sentier de l’École Normale, est la preuve de cette volonté d’ouverture. La réponse est donc oui, il est tout à fait envisageable de le parcourir avec une poussette et, sur certaines portions, en fauteuil roulant, à condition de bien préparer sa visite. L’expérience rapportée par de nombreux visiteurs, comme ce père ayant parcouru le sentier avec son enfant de 4 ans en porte-bébé, confirme que la balade est faisable en prenant son temps, même si quelques passages restent glissants.

Le secret de cette accessibilité réside dans les aménagements intelligents réalisés par l’Office National des Forêts (ONF). Conscient du sol spongieux et souvent boueux de cette forêt tropicale humide, l’ONF a installé de longs caillebotis en bois qui permettent de franchir les zones les plus marécageuses. Ces passerelles transforment la randonnée : au lieu de lutter contre la boue, on flotte littéralement au-dessus du sol de la forêt, ce qui permet de lever les yeux et d’admirer la canopée.

Passerelles en bois aménagées traversant la forêt humide de Bélouve

Comme on le voit sur cette image, ces passerelles s’intègrent parfaitement au paysage et sécurisent le parcours. Pour une expérience réussie, notamment avec une poussette ou pour une personne à mobilité réduite (PMR), une bonne planification est la clé. L’alternative la plus simple reste la route forestière goudronnée qui part du gîte, offrant plusieurs kilomètres de promenade 100% accessible en fauteuil, au cœur des Tamarins.

Votre feuille de route pour une visite accessible

  1. Anticipation météo : Vérifiez la pluviométrie des trois derniers jours. Même par beau temps, le sol reste humide ; évitez les lendemains de fortes pluies pour moins de boue.
  2. Choix de l’équipement : Pour une poussette, privilégiez un modèle tout-terrain avec de grosses roues et de bonnes suspensions. Pour les fauteuils, la route forestière est l’option la plus sûre.
  3. Analyse du parcours : Le sentier de l’École Normale comporte 2 ou 3 passages de racines où il faudra porter une poussette. Prévoyez une aide si possible. Le sentier « Somin Tamarin » est une alternative spécifiquement conçue pour les PMR.
  4. Logistique et timing : Garez-vous au plus près du Gîte de Bélouve. Prévoyez plus de temps que la durée indiquée (environ 1h30 aller-retour) pour pouvoir avancer à votre rythme et faire des pauses.
  5. Plan de secours : Identifiez sur la carte les aires de pique-nique le long de la route forestière goudronnée. Si le sentier s’avère trop difficile, elles constituent un excellent objectif de balade.

Tec-Tec et Oiseau la Vierge : pourquoi sont-ils si faciles à voir à Bélouve ?

L’une des joies d’une balade à Bélouve est la compagnie quasi constante de ses habitants à plumes. Contrairement à d’autres forêts où les oiseaux sont discrets, ici, ils semblent venir à la rencontre des visiteurs. Le Tec-Tec (Tarin de La Réunion) est l’ambassadeur par excellence de cette forêt. Petit oiseau trapu et incroyablement curieux, il a pour habitude de suivre les randonneurs, sautillant de branche en branche à quelques mètres seulement, comme pour leur souhaiter la bienvenue. Son chant répétitif et métallique, « tec-tec-tec », est la bande-son de la forêt. Cette proximité n’est pas un hasard : dans cet environnement protégé et peu menaçant, les oiseaux ont appris à ne pas craindre l’homme.

L’autre star de Bélouve est l’Oiseau la Vierge (Terpsiphone de Bourbon), ou « Zoizo la Vierge ». Le mâle, avec son plumage contrasté brun et gris-bleuté et surtout sa longue queue spectaculaire, offre un spectacle inoubliable. On le repère souvent en vol stationnaire au-dessus de la canopée, chassant des insectes. Un visiteur chanceux témoigne : « J’ai eu la chance de voir un Tec-Tec […] et un mâle Terpsiphone de Bourbon. Les oiseaux nous accompagnent pendant toute la randonnée ». Cette rencontre est un privilège qui semble presque garanti à Bélouve.

Pour maximiser vos chances d’observation et engager ce dialogue silencieux avec la faune locale, quelques règles simples suffisent :

  • Le meilleur moment : Arrivez tôt le matin, avant 9h. Les oiseaux sont beaucoup plus actifs et chantent davantage lorsque la forêt est encore fraîche et calme.
  • L’art de l’écoute : Avant de chercher à voir, écoutez. Le chant du Tec-Tec est votre meilleur guide pour le localiser. Une fois repéré, il vous suivra probablement.
  • Levez les yeux : Pour l’Oiseau la Vierge, scrutez les trouées de lumière dans la canopée. C’est là qu’il est le plus visible.
  • La règle d’or : Ne nourrissez jamais les oiseaux. Leur confiance est précieuse et dépend du respect de leur comportement naturel. Garder vos distances préserve cet équilibre fragile.
  • Le bonus : Si le silence se fait, tendez l’oreille pour un son plus rare, celui du Tuit-Tuit. Même si vous ne l’apercevez pas, savoir qu’il est là est un rappel de l’incroyable richesse de cet écosystème.

Cette familiarité des oiseaux transforme une simple marche en une interaction vivante, renforçant le sentiment d’être un invité dans un monde vibrant et accueillant.

Brouillard sur le toit du Trou de Fer : pourquoi faut-il arriver avant 10h au belvédère ?

Le point d’orgue de la randonnée de Bélouve est la récompense finale : le belvédère offrant une vue plongeante sur le Trou de Fer, une dépression géologique monumentale où se jettent d’impressionnantes cascades. Cependant, ce spectacle est capricieux. La règle d’or, connue de tous les Réunionnais, est d’arriver au point de vue avant 10 heures du matin. Ce n’est pas une simple préférence, mais une contrainte dictée par un phénomène météorologique fascinant, typique des Hauts de l’île.

La forêt de Bélouve est une « forêt de nuages », perchée à près de 1500 mètres d’altitude. Chaque matin, le soleil chauffe l’océan et la côte Est, créant une évaporation. Cet air chaud et humide, poussé par les alizés, remonte les pentes et se heurte à l’air plus froid des hauteurs. La condensation est alors rapide et massive : les nuages se forment et envahissent le paysage, recouvrant souvent le Trou de Fer d’une mer de coton opaque. Arriver après 10h, c’est prendre le risque de ne voir qu’un mur blanc à la place du panorama grandiose.

Mais que faire si, malgré tous vos efforts, le brouillard est déjà là ? Faut-il faire demi-tour, déçu ? Absolument pas. La brume n’est pas un échec, c’est une autre facette de la magie de Bélouve. Elle invite à changer son regard, à passer du spectaculaire à l’intime. Voici un plan B pour transformer la déception en une nouvelle forme d’émerveillement :

  • Profitez de l’ambiance mystique : Le brouillard crée une atmosphère féérique, presque irréelle. C’est le moment idéal pour la photographie, en jouant avec les silhouettes des Tamarins et la lumière diffuse.
  • Concentrez-vous sur les détails : Quand la vue au loin est bouchée, le regard se porte sur ce qui est proche. Admirez le détail d’une orchidée sauvage, la perfection d’une crosse de fougère, les perles de rosée sur les mousses.
  • Explorez la Grande Mare : Non loin du gîte, cette zone marécageuse entourée de Tamarins centenaires est encore plus belle dans la brume.
  • Visitez le petit musée : Le gîte de Bélouve abrite un petit espace muséographique sur l’histoire du site et de l’ancien téléphérique, une visite instructive.
  • Saluez la Reine des Tamarins : Cet arbre tricentenaire, couché par un cyclone mais toujours vivant, est un symbole de la résilience de la forêt, particulièrement poignant dans le brouillard.

Le brouillard n’est donc pas l’ennemi du visiteur, mais une invitation à une contemplation plus profonde et plus personnelle de la forêt.

Barbecue ou sandwich : où trouver les kiosques aménagés pour le déjeuner ?

Après une matinée de contemplation, l’appétit se fait sentir. Bélouve, encore une fois, se montre accueillante en offrant de nombreuses solutions pour une pause déjeuner mémorable au cœur de la forêt. Que vous soyez adepte du pique-nique rapide ou du traditionnel « cari au feu de bois » créole, vous trouverez votre bonheur. Le long de la route forestière qui mène au gîte, de nombreux kiosques de pique-nique sont aménagés. Ces espaces, gérés par l’ONF, sont équipés de tables, de bancs et de foyers pour faire du feu.

Ces aires sont stratégiquement positionnées pour offrir à la fois un accès facile et une immersion dans la nature. Elles sont le point de rendez-vous des familles réunionnaises le week-end, transformant la forêt en un lieu de convivialité. Faire un barbecue ici n’est pas seulement un repas, c’est un rituel social, une façon de vivre la forêt. Il est important de se rappeler que ces sites se trouvent au cœur d’un Parc National classé au Patrimoine mondial de l’Unesco, ce qui implique une responsabilité partagée pour préserver leur propreté.

Pour que votre pause déjeuner soit un moment de pur plaisir et non de stress, voici quelques astuces locales pour éviter la foule et profiter au mieux des installations :

  • Arrivez tôt ou allez plus loin : Les kiosques les plus proches du gîte sont les plus prisés. Pour plus de tranquillité, n’hésitez pas à continuer quelques minutes à pied ou en voiture sur la route forestière ; vous trouverez des aires tout aussi bien équipées mais moins fréquentées.
  • Jouez-la local : Pour un pique-nique authentique, arrêtez-vous à La Plaine des Palmistes avant de monter. Les boulangeries et snacks locaux proposent des spécialités parfaites pour un déjeuner en forêt, comme les fameux « pains bouchons gratinés » ou des « sarcives » (viande de porc laquée).
  • Anticipez le feu : Si vous prévoyez un barbecue, apportez votre propre bois ou charbon de bois. Même si l’on peut trouver du bois mort, il est souvent trop humide pour brûler correctement. Partager son feu avec des voisins de kiosque est une tradition conviviale.
  • La règle d’or de l’UNESCO : « Laisse l’endroit plus propre que tu ne l’as trouvé ». Remportez absolument tous vos déchets. Il n’y a pas de service de ramassage régulier dans ces zones reculées.
  • Le timing est clé : Pour avoir les meilleures places, surtout le week-end, essayez d’arriver et de vous installer avant 11h30.

Cette pause est plus qu’un simple repas ; c’est un moment pour s’imprégner pleinement de l’atmosphère de la forêt, en se réchauffant près du feu tout en écoutant les bruits de la nature.

Bois de Joli Cœur ou Change-Écorce : quelles plantes péi observer facilement ?

Si les Tamarins des Hauts sont les seigneurs de Bélouve, la forêt est aussi un jardin botanique à ciel ouvert, regorgeant de plantes endémiques plus discrètes mais tout aussi fascinantes. L’humidité constante et la richesse du sol volcanique permettent à une flore exubérante de s’épanouir. Il n’est pas nécessaire d’être un botaniste pour apprécier ce spectacle. Il suffit d’ouvrir les yeux et de savoir quoi chercher. Ce patrimoine végétal exceptionnel est précieusement géré, car près de 95% des forêts de l’île appartiennent au Département de La Réunion, qui veille à leur conservation.

L’une des plus belles récompenses pour le visiteur attentif est le Bois de Joli Cœur. Durant l’hiver austral (de mai à août), cet arbuste se couvre de fleurs fuchsia éclatantes qui tranchent magnifiquement avec le vert omniprésent de la forêt. Une autre curiosité est le Change-Écorce, un arbre dont le tronc lisse se desquame par plaques, révélant des teintes de vert, de rouge et d’orangé, rappelant un eucalyptus arc-en-ciel. Il suffit de se promener le long du sentier pour en apercevoir plusieurs spécimens.

Détail macro d'une crosse de fougère arborescente se déroulant dans la forêt de Bélouve

Mais le véritable symbole des forêts primaires de La Réunion est la fougère arborescente, ou Fanjan. Avec ses frondes géantes pouvant atteindre plusieurs mètres de long, elle crée une ambiance digne de Jurassic Park. Observer une jeune crosse de Fanjan se dérouler en spirale est un spectacle hypnotique, un aperçu de la perfection géométrique de la nature. Pour ne rien manquer de ces trésors botaniques, voici une petite liste pour guider votre regard :

  • Le Bois de Joli Cœur : Cherchez les touches de rose vif le long du sentier. C’est l’une des rares plantes à offrir une floraison aussi colorée dans cet univers de verdure.
  • Le Fanjan : Prenez du recul pour admirer leur taille imposante, puis approchez-vous pour observer la texture velue des jeunes crosses. Un incontournable pour les photographes.
  • Le Change-Écorce : Son tronc multicolore est facile à repérer. C’est un excellent exemple de l’adaptation des plantes à leur environnement.
  • L’orchidée Faham : Plus discrète, cette orchidée est célèbre pour le parfum de ses feuilles, utilisées traditionnellement en « rhum arrangé » ou en tisane. Sentez-la, mais ne la cueillez surtout pas ; elle est protégée.

Prendre le temps d’identifier ces quelques espèces transforme la balade en une chasse au trésor botanique, enrichissant la connexion avec la forêt.

Gore-Tex ou cape de pluie : que porter pour affronter l’humidité saturée des Hauts ?

S’habiller pour une randonnée à Bélouve est un défi particulier. Ici, le problème n’est pas tant la pluie que l’humidité saturée et omniprésente. Même par beau temps, l’eau est partout : elle perle sur les feuilles, suinte du sol et peut tomber des arbres à la moindre brise. Les randonneurs expérimentés le confirment : la forêt reste humide et les sentiers boueux, quelle que soit la météo du jour. On est souvent tenté de sortir sa plus belle veste technique, un coupe-vent en Gore-Tex coûteux, en pensant être paré.

Cependant, l’expérience locale montre souvent une autre réalité. Lors des averses tropicales, souvent courtes mais intenses, une veste technique, même haut de gamme, peut rapidement atteindre ses limites de déperlance et finir saturée d’eau, mettant des heures à sécher. C’est pourquoi de nombreux habitués de Bélouve privilégient une solution bien plus simple et économique : la bonne vieille cape de pluie, surnommée « sif » à La Réunion. Ample, elle couvre aussi le sac à dos, offre une protection totale et instantanée contre les plus grosses averses, et sèche en un clin d’œil une fois le soleil revenu.

Le choix dépendra donc de votre programme, mais il est éclairant de comparer les deux options sur des critères pratiques, au-delà du marketing.

Comparatif équipement pluie : Gore-Tex vs Cape locale
Critère Veste Gore-Tex Cape de pluie ‘Sif’
Prix 200-400€ 10-20€
Efficacité pluie tropicale Moyenne (sature vite) Excellente
Respirabilité Bonne Faible
Séchage Lent Rapide
Conseil local Pour randonnée longue Pour averses courtes

En conclusion, la veste technique reste un excellent choix pour sa respirabilité si vous prévoyez de marcher à un rythme soutenu. Mais pour une balade familiale et contemplative, où les averses sont des pauses plutôt que des obstacles, la cape de pluie est une solution pragmatique, économique et souvent plus efficace. L’idéal est peut-être d’avoir un bon coupe-vent et de garder la cape au fond du sac, « au cas où ».

À retenir

  • Bélouve n’est pas une simple randonnée, mais une immersion sensorielle dans une forêt primaire accessible à tous (familles, seniors).
  • L’aménagement du sentier (caillebotis) est la clé de son accessibilité, permettant de « flotter » au-dessus des zones boueuses.
  • Le secret d’une visite réussie est le timing (arriver avant 10h au belvédère) et la préparation (équipement adapté à l’humidité, pas seulement à la pluie).

Comment randonner dans la forêt de Bélouve sans s’embourber après la pluie ?

La boue. C’est le seul véritable adversaire du promeneur à Bélouve. En raison de l’humidité constante, le sol argileux de la forêt se transforme rapidement en un terrain glissant et collant, même plusieurs jours après une pluie. Cependant, loin d’être un obstacle insurmontable, la boue fait partie de l’expérience et peut être facilement domptée en adoptant les techniques des randonneurs créoles et en tirant parti des aménagements du sentier. L’idée n’est pas d’éviter la boue à tout prix, mais de savoir composer avec elle pour que la randonnée reste un plaisir.

La première chose à comprendre est que le milieu du sentier est toujours la zone la plus creusée et la plus boueuse. L’instinct est souvent de marcher au centre, mais c’est une erreur. Les côtés du chemin offrent généralement plus d’adhérence. De plus, le sentier est régulièrement entretenu. Comme le souligne l’agence locale Horizon Réunion, spécialisée dans les randonnées sur l’île :

Le sentier est extrêmement bien aménagé par l’ONF et permet ainsi de belles balades en famille ou entre amis

– Horizon Réunion, Agence de voyages locale spécialisée

Cet aménagement est votre meilleur allié. Il est crucial de vérifier l’état des sentiers avant de partir, notamment après un cyclone ou de fortes pluies. Une source fiable, basée sur les informations officielles de l’ONF, vous confirmera si le parcours est bien ouvert et praticable. Une fois sur place, voici les techniques anti-boue à appliquer :

  • Marchez sur les bords : Utilisez les grosses racines des Tamarins comme des marches d’escalier naturelles. Elles offrent une excellente prise et vous surélèvent par rapport à la boue.
  • Suivez les caillebotis : Faites confiance aux passerelles en bois installées par l’ONF. Elles ont été placées aux endroits les plus critiques et sont votre voie royale pour traverser les zones marécageuses.
  • Équipez-vous intelligemment : Portez de bonnes chaussures de randonnée montantes et imperméables. L’ajout de guêtres est une excellente idée : elles protègent le bas de votre pantalon de la boue et empêchent l’eau de s’infiltrer dans vos chaussures.
  • Consultez avant de partir : Un réflexe simple mais essentiel est de consulter le site de l’ONF Réunion (onf.fr) pour les dernières mises à jour sur l’état des sentiers.

En adoptant ces quelques réflexes, la boue cesse d’être une préoccupation. Elle redevient ce qu’elle est : un simple élément du décor, la preuve que vous marchez bien dans une forêt vivante et gorgée d’eau.

En maîtrisant ces quelques astuces, vous vous assurez une progression confortable, vous permettant de vous concentrer sur l’essentiel : la beauté qui vous entoure. Pour récapituler, il est bon de garder à l’esprit les bases d'une randonnée sereine en milieu humide.

Plutôt qu’une simple destination, Bélouve est une expérience, un dialogue. En comprenant les secrets de ses arbres, en vous adaptant à son rythme et à son humidité, vous ne faites pas que la visiter : vous la rencontrez. L’étape suivante consiste simplement à vous y rendre et à laisser la magie opérer.

Rédigé par Stéphane Hoarau, Accompagnateur en Moyenne Montagne (AMM) diplômé d'État et spécialiste du volcanisme réunionnais, avec 15 ans d'expérience dans la conduite de groupes au Piton de la Fournaise et dans les cirques. Il est expert en sécurité en montagne tropicale et membre actif du bureau des guides de La Réunion.