
L’île de La Réunion a connu une transformation majeure de son réseau de transport avec l’inauguration de la Route des Tamarins le 23 juin 2009. Cette infrastructure routière monumentale représente bien plus qu’un simple axe de circulation : elle incarne une véritable révolution dans la mobilité quotidienne des 860 000 Réunionnais. Fruit d’un chantier colossal étalé sur près de six années, cette voie express de 34 kilomètres constitue aujourd’hui l’épine dorsale du développement économique et territorial de l’Ouest réunionnais. Son impact dépasse largement la simple question du transport pour toucher à l’aménagement du territoire, à la sécurité routière, et au rayonnement touristique de cette région ultramarines française. Comment cette réalisation d’envergure a-t-elle redéfini les flux de circulation sur l’île intense ?
Infrastructure routière de la route des tamarins : caractéristiques techniques et dimensionnement
La conception de la Route des Tamarins répond à des normes techniques particulièrement exigeantes, adaptées aux contraintes géologiques et climatiques de La Réunion. Cette infrastructure représente un investissement global de 970 millions d’euros, dont 200 millions financés par la Banque Européenne d’Investissement, faisant d’elle le plus grand projet d’infrastructure jamais réalisé dans un département d’outre-mer français. La prouesse technique réside dans sa capacité à s’intégrer harmonieusement dans un environnement naturel hostile, marqué par un relief volcanique accidenté et des conditions météorologiques tropicales parfois extrêmes. L’ouvrage traverse trois milieux naturels distincts : la zone humide de l’Étang Saint-Paul, la savane du Cap La Houssaye et la forêt domaniale de l’Étang-Salé.
Tracé longitudinal de 33 kilomètres entre Saint-Paul et l’Étang-Salé
Le tracé de la Route des Tamarins suit un cheminement stratégique à mi-pente, oscillant entre le niveau de la mer à Saint-Paul et des altitudes comprises entre 200 et 300 mètres jusqu’à Saint-Leu, avant de redescendre progressivement vers le littoral à l’Étang-Salé. Cette configuration permet d’éviter les zones urbaines saturées tout en offrant un accès rapide aux principales agglomérations grâce à neuf échangeurs routiers judicieusement positionnés. Le tracé franchit plus de 120 ravines, ces formations géologiques caractéristiques du paysage réunionnais, creusées par l’érosion intense des pluies tropicales. Cette particularité topographique a nécessité la construction de 123 ouvrages d’art, dont 25 ouvrages de franchissement majeurs et trois tunnels.
Ouvrage d’art exceptionnel : le viaduc de la ravine des Trois-Bassins
Parmi les réalisations techniques remarquables, le viaduc de la Ravine des Trois-Bassins représente le joyau architectural de la Route des Tamarins. Point culminant de l’itinéraire, cet ouvrage exceptionnel mesure 349,2 mètres de long et culmine à près de 100 mètres au-dessus de la ravine. Sa conception fait appel à une technique innovante de précontrainte extradossée, une solution rare à l’échelle mondiale. Le tablier en béton haute performance comporte quatre travées dégressives (126, 104,4, 75,6 et 43,2 mètres) supportées par des mâts de hauteurs variables atteignant
mètres de haut. Les trois piles principales adoptent chacune une géométrie différente – circulaire, elliptique et ovoïde – afin d’optimiser la résistance structurelle tout en limitant l’impact visuel dans le paysage. Ce viaduc, comme les autres grands ouvrages d’art de la Route des Tamarins (Grande Ravine, Ravine Fontaine, viaduc de Saint-Paul), illustre la capacité des ingénieurs à concilier contraintes sismiques, vents cycloniques et intégration paysagère, tout en garantissant un haut niveau de confort et de sécurité pour les usagers.
Système de péage automatisé et tarification différenciée par catégorie de véhicules
Contrairement à certaines autoroutes françaises métropolitaines, la Route des Tamarins a finalement été mise en service comme une voie express libre d’accès, sans péage pour les automobilistes. Les études initiales prévoyaient pourtant un système de péage automatisé avec tarification différenciée selon les catégories de véhicules (légers, poids lourds, transports collectifs). Ce modèle, inspiré des grands axes autoroutiers, visait à contribuer au financement de l’infrastructure et à moduler la demande de trafic.
Le choix politique opéré en 1998 d’abandonner l’autoroute concédée au profit d’une route express gratuite a complètement changé la donne. En supprimant la barrière financière à l’usage, la Région Réunion a facilité l’appropriation rapide de la Route des Tamarins par les Réunionnais, en particulier pour les déplacements domicile-travail et les trajets vers les zones d’activités. Ce choix renforce aussi l’égalité d’accès aux services et aux emplois entre les habitants du Nord, de l’Ouest et du Sud.
Si la Route des Tamarins ne dispose pas de péage, elle s’inscrit toutefois dans une réflexion plus large sur la tarification de la mobilité à l’échelle de l’île. À terme, certains scénarios de planification évoquent plutôt une tarification incitative sur les transports collectifs (abonnements attractifs, parkings relais) qu’un retour au péage routier, afin de limiter la dépendance à la voiture tout en préservant le rôle structurant de cet axe majeur.
Caractéristiques géométriques : voies bidirectionnelles et normes autoroutières
Sur le plan géométrique, la Route des Tamarins répond à des normes proches de celles d’une autoroute. Elle est aménagée en 2x(2+1) voies entre Saint-Paul et le diffuseur de l’Éperon, puis en 2×2 voies continues jusqu’à L’Étang-Salé, avec une vitesse maximale autorisée de 110 km/h. Un terre-plein central séparateur et des bandes d’arrêt d’urgence assurent la séparation des flux et la sécurité des interventions en cas d’incident.
Le tracé en plan et en profil en long a été optimisé pour garantir un bon confort de conduite malgré un relief très accidenté. Les rayons de courbure, les pentes et les dévers ont été dimensionnés pour maintenir une vitesse commerciale élevée, même pour les poids lourds, tout en minimisant les risques de sortie de route. C’est un peu comme si l’on avait « redressé » la carte routière de l’Ouest : là où les anciennes routes suivaient les moindres sinuosités du relief, la Route des Tamarins propose une ligne continue, lisible et prévisible pour l’usager.
Les diffuseurs – Saint-Paul, Plateau Caillou, L’Éperon, L’Hermitage, Le Barrage, Les Colimaçons, Stella, Le Portail et L’Étang-Salé – jouent un rôle clé dans cette géométrie globale. Ils permettent de distribuer finement le trafic vers les hauts (Plateau Caillou, Les Colimaçons, Piton Saint-Leu) et vers le littoral (Boucan Canot, L’Hermitage, Saint-Leu), sans multiplier les accès directs qui nuiraient à la fluidité. Pour vous, conducteur, cela se traduit par un trajet plus rapide, mais aussi plus prévisible, avec moins de freinages intempestifs et de changements de voie dangereux.
Désengorgement du réseau routier littoral entre l’ouest et le sud
Avant la mise en service de la Route des Tamarins, l’axe littoral entre Saint-Paul, Saint-Gilles, Saint-Leu et L’Étang-Salé était régulièrement saturé, en particulier aux heures de pointe et durant les périodes de forte fréquentation touristique. La RN1 historique traversait ou longeait les agglomérations, générant bouchons, insécurité routière et nuisances sonores pour les riverains. En venant se positionner à mi-pente, la Route des Tamarins a joué le rôle de voie de délestage structurante pour tout l’Ouest et une partie du Sud de l’île.
Réduction du trafic sur la RN1 au niveau de Saint-Gilles-les-Bains
Le secteur de Saint-Gilles-les-Bains et de Boucan Canot constituait historiquement l’un des points noirs de circulation de la côte ouest. La RN1 y passait à proximité immédiate des plages et des quartiers touristiques, mêlant flux locaux, trafic de transit et déplacements liés aux activités balnéaires. Depuis 2009, une part importante de ce trafic de transit a été transférée sur la Route des Tamarins, qui surplombe la zone et la dessert via les échangeurs de L’Éperon et de L’Hermitage.
Les études de trafic réalisées après la mise en service montrent une baisse significative du volume de véhicules légers et, surtout, de poids lourds traversant Saint-Gilles-les-Bains par la RN1. Pour les habitants comme pour les vacanciers, cela se traduit par moins de nuisances (bruit, pollution) et davantage de sécurité pour les piétons et les cyclistes. Pour vous, automobiliste de passage, cela veut dire que vous pouvez rejoindre plus sereinement les plages sans subir les encombrements liés au transit nord-sud.
En parallèle, la libération partielle de capacité sur l’axe littoral a permis aux collectivités de repenser les aménagements urbains : traversées piétonnes sécurisées, voies dédiées aux bus, stationnements mieux organisés. À terme, cette évolution ouvre la voie à une requalification plus apaisée de la RN1 en véritable boulevard urbain, tandis que la Route des Tamarins assume le rôle d’axe rapide interurbain.
Contournement des points de congestion de Saint-Leu et les avirons
Plus au sud, les communes de Saint-Leu et des Avirons souffraient elles aussi de congestions chroniques, en particulier sur les tronçons urbains de la RN1 et sur la route en corniche RD10. Embouteillages en début et fin de journée, difficultés de croisement des poids lourds, dépassements dangereux : le cocktail était explosif pour les usagers quotidiens comme pour les touristes. La Route des Tamarins contourne désormais ces secteurs sensibles en offrant un itinéraire continu en 2×2 voies à moyenne altitude.
Les échangeurs des Colimaçons, de Stella et du Portail assurent une connexion directe avec les différents quartiers et les villages des hauts. Ainsi, un habitant du Plate ou de Piton Saint-Leu peut rejoindre rapidement l’axe structurant sans devoir traverser le centre-ville de Saint-Leu. C’est un peu comme si l’on avait ajouté une « colonne vertébrale » moderne derrière la façade littorale historique : les flux de transit se déplacent vers l’arrière, tandis que la vie locale respire à nouveau sur le front de mer.
Pour les communes concernées, ce contournement est également synonyme de nouvelles opportunités d’aménagement. Les anciennes sections saturées de la RN1 peuvent, à terme, être repensées pour mieux accueillir les mobilités douces, les transports collectifs et les activités économiques tournées vers la mer, sans être en permanence parasitées par le trafic de transit interrégional.
Fluidification des déplacements vers Saint-Pierre et le sud sauvage
La Route des Tamarins ne se contente pas de relier Saint-Paul à L’Étang-Salé : elle s’inscrit dans un arc de circulation continu allant de Saint-Benoît à Saint-Pierre puis vers le Sud sauvage via la RN2. En améliorant la fluidité entre l’Ouest et le Sud, elle a profondément modifié les habitudes de déplacement des Réunionnais. Il est désormais courant pour un habitant de la Possession ou de Saint-Denis de se rendre à Saint-Pierre pour une journée de travail ou de loisirs, là où ces trajets relevaient auparavant du « voyage ».
En pratique, le temps de parcours entre Saint-Denis et Saint-Pierre a été réduit à moins de deux heures dans des conditions de trafic normales, contre parfois plus de trois heures auparavant en empruntant uniquement la route du Littoral et la RN1 côtière. Cette fluidification bénéficie autant aux particuliers qu’aux entreprises de transport et de logistique, qui peuvent mieux planifier leurs tournées entre les ports, les zones industrielles et les marchés locaux.
Pour les visiteurs comme pour les habitants qui souhaitent découvrir le Sud sauvage (Saint-Philippe, Saint-Joseph), la Route des Tamarins joue le rôle de « tapis roulant » jusqu’à Saint-Pierre. Une fois ce pôle atteint, il devient beaucoup plus simple de rayonner vers l’est et le sud, que ce soit pour des raisons professionnelles ou touristiques. Avez-vous déjà envisagé de faire l’aller-retour Ouest/Sud sauvage dans la journée ? Grâce à cette infrastructure, ce projet n’a plus rien d’exceptionnel.
Impact sur les temps de parcours domicile-travail des actifs de l’ouest
Le gain de temps sur les trajets domicile-travail est sans doute l’effet le plus concret pour les Réunionnais de l’Ouest. De nombreux actifs résidant à Saint-Leu, Les Avirons ou L’Étang-Salé travaillent désormais à Saint-Pierre, au Port ou même dans le Nord, en s’appuyant sur la continuité en voie express. Là où les déplacements quotidiens étaient autrefois perçus comme pénibles et incertains, la Route des Tamarins apporte fiabilité et prévisibilité.
Les enquêtes de mobilité menées dans les années suivant l’ouverture montrent des réductions de temps de parcours pouvant atteindre 30 à 40 % sur certains trajets pendulaires. Un salarié qui mettait 1 h 15 pour rejoindre son emploi à Saint-Pierre depuis L’Étang-Salé peut désormais effectuer le même trajet en moins de 45 minutes, en dehors des pics majeurs de circulation. Au-delà du gain économique, ce temps libéré se traduit en qualité de vie : plus de temps en famille, moins de fatigue au volant, moins de stress lié au risque de retard.
Cette amélioration a aussi encouragé certains ménages à élargir leur « bassin de recherche » pour un emploi ou un logement. Vivre dans les hauts de Saint-Leu tout en travaillant à Pierrefonds ou à Saint-Louis est désormais une option réaliste. La Route des Tamarins joue ici un rôle discret mais essentiel de couturière territoriale, en rapprochant des espaces de vie et de travail autrefois disjoints.
Connectivité interrégionale et accessibilité des pôles d’activité économique
Au-delà des trajets du quotidien, la Route des Tamarins est l’un des leviers majeurs de la compétitivité économique de La Réunion. En améliorant la liaison entre les pôles portuaires, aéroportuaires, industriels et touristiques, elle soutient directement le développement des entreprises et l’attractivité du territoire pour les investisseurs. On peut la comparer à une artère principale qui irrigue les différents organes de l’économie réunionnaise.
Liaison rapide entre le port de Saint-Pierre et les zones industrielles de l’ouest
Le Port de Saint-Pierre, même s’il ne rivalise pas avec le Grand Port maritime de La Réunion au Port, joue un rôle important pour le cabotage, la pêche et certaines activités logistiques régionales. Avant 2009, les échanges de marchandises entre Saint-Pierre et les zones industrielles de l’Ouest souffraient d’un manque de fluidité, en raison des traversées urbaines et des encombrements répétés sur la RN1.
La Route des Tamarins permet désormais une liaison plus directe et plus rapide entre ces espaces économiques. Les entreprises de transport routier bénéficient d’horaires plus fiables, ce qui limite les coûts liés aux retards, au surcroît de carburant et à l’usure des véhicules dans les embouteillages. Pour les filières agroalimentaires, le BTP ou le commerce de gros, cette optimisation des flux est un atout non négligeable de compétitivité.
Par ricochet, la meilleure accessibilité de l’Ouest depuis le Sud contribue à renforcer le rôle de pôles comme Cambaie, Savanna ou la zone industrielle de Saint-Louis. Ces espaces deviennent plus attractifs pour les entreprises qui cherchent un compromis entre proximité des marchés, accessibilité logistique et qualité de vie pour leurs salariés.
Desserte optimisée du parc d’activités de pierrefonds-aéroport
Le parc d’activités de Pierrefonds, associé à l’aéroport éponyme, constitue un nœud multimodal stratégique pour le Sud et l’Ouest de l’île. Grâce à la continuité en voie rapide depuis L’Étang-Salé, la Route des Tamarins facilite l’accès des entreprises, des passagers et des services logistiques à ce site en plein développement. Pour un professionnel basé à Saint-Leu ou à Saint-Paul, rejoindre un vol régional à Pierrefonds est aujourd’hui nettement plus simple qu’il y a quinze ans.
Cette amélioration de la desserte renforce l’attractivité du parc d’activités pour des entreprises tournées vers l’océan Indien (échanges avec Maurice, Madagascar, Mayotte, etc.). Elle favorise également l’implantation de services spécialisés (maintenance aéronautique légère, logistique, formation) qui trouvent dans cette localisation un bon compromis entre connectivité aérienne et accessibilité routière.
Pour vous, en tant qu’usager, cela signifie aussi plus de choix : que vous soyez chef d’entreprise, salarié en déplacement ou touriste, vous pouvez arbitrer plus facilement entre Roland-Garros (Nord) et Pierrefonds (Sud) selon vos besoins, en vous appuyant sur un réseau routier performant qui relie ces deux portes d’entrée de l’île.
Accès facilité aux zones touristiques de boucan canot et l’hermitage
Le tourisme est l’un des secteurs les plus impactés positivement par la Route des Tamarins. Les plages de Boucan Canot, de l’Hermitage ou de la Saline-les-Bains constituent des pôles d’attraction majeurs pour les Réunionnais comme pour les visiteurs extérieurs. En améliorant les temps de trajet depuis le Nord et le Sud, la Route des Tamarins a contribué à élargir leur zone de chalandise et à lisser les pics de fréquentation.
Concrètement, il est devenu plus courant pour un habitant de Saint-Pierre de monter passer une après-midi à l’Hermitage, ou pour un résidant du Nord de redescendre sur Saint-Leu après la journée de travail pour profiter du lagon. Les professionnels du secteur – hôteliers, restaurateurs, clubs de plongée, prestataires d’activités nautiques – bénéficient de cette accessibilité renforcée qui soutient leur chiffre d’affaires tout au long de l’année.
Pour les touristes en séjour, la Route des Tamarins offre également une plus grande flexibilité dans l’organisation des itinéraires. Louer une voiture à l’aéroport, rejoindre facilement son hébergement sur la côte ouest, puis rayonner vers les cirques, le volcan ou le Sud sauvage devient plus simple et plus confortable. Pour peu que vous planifiiez vos déplacements en dehors des heures de pointe, vous pouvez réellement profiter de la diversité des paysages réunionnais en limitant le temps passé dans les bouchons.
Sécurité routière et réduction de l’accidentalité sur les axes alternatifs
La Route des Tamarins a aussi été pensée comme un levier de sécurité routière. Les anciennes routes littorales et de corniche, sinueuses et parfois mal adaptées au trafic moderne, étaient le théâtre de trop nombreux accidents corporels, souvent graves. En offrant un axe mieux dimensionné, séparant les flux et limitant les points de conflit, la Route des Tamarins contribue à réduire l’accidentalité globale sur le corridor Ouest-Sud.
Diminution du trafic sur la route en corniche RD10 entre Saint-Leu et les avirons
La route en corniche RD10, qui relie Saint-Leu aux Avirons, est emblématique des contraintes géographiques réunionnaises : chaussée étroite, virages serrés, pentes marquées, surplombant parfois des ravines profondes. Historiquement, elle supportait à la fois un trafic local et un trafic de transit, y compris de poids lourds, ce qui augmentait fortement le risque d’accident. L’ouverture de la Route des Tamarins a permis de reporter une grande partie de ce trafic sur un itinéraire plus sûr.
La baisse des flux sur la RD10 se traduit par une circulation plus apaisée, centrée sur les déplacements locaux (habitants, agriculteurs, touristes recherchant les points de vue). Les risques de collisions frontales ou de sorties de route sont diminués, d’autant plus que les usagers les plus pressés privilégient désormais l’axe express. Pour vous qui empruntez encore la corniche pour le plaisir du paysage, l’expérience de conduite est plus sereine et moins « sous pression ».
Cette redistribution des flux ouvre également des perspectives d’aménagement ciblé sur la RD10 : renforcement des dispositifs de retenue, amélioration du revêtement, création de belvédères sécurisés. L’objectif à moyen terme est d’en faire une route panoramique complémentaire, plutôt qu’un axe structurant du transit interrégional.
Statistiques d’accidents comparatives avant et après mise en service en 2009
Les premières analyses statistiques réalisées après la mise en service de la Route des Tamarins montrent une tendance à la baisse des accidents graves sur l’ensemble du corridor Ouest-Sud. Si les chiffres varient selon les années et les tronçons, la combinaison de la diminution du trafic sur les anciennes routes et de la qualité des aménagements sur la voie express produit un effet globalement positif.
On observe notamment une réduction des collisions frontales et des sorties de route mortelles sur les sections littorales historiques, là où les infrastructures et la cohabitation des usagers (piétons, deux-roues, voitures, poids lourds) étaient les plus problématiques. Sur la Route des Tamarins elle-même, malgré un trafic journalier dépassant les 60 000 véhicules sur certains secteurs, le taux d’accidents rapporté au volume de circulation reste inférieur à celui des anciennes routes de montagne comparables.
La sécurité reste toutefois un enjeu majeur : vitesse excessive, fatigue au volant et non-respect des distances de sécurité figurent encore parmi les principaux facteurs d’accident. Comme sur toute grande infrastructure moderne, la Route des Tamarins ne peut pas tout : à vous, en tant qu’usager, de compléter ce dispositif par une conduite responsable, surtout lors des longs trajets ou des déplacements nocturnes.
Dispositifs de sécurité passive : glissières métalliques et signalisation dynamique
La conception de la Route des Tamarins intègre de nombreux dispositifs de sécurité passive destinés à limiter la gravité des conséquences en cas d’accident. Glissières métalliques et en béton, écrans de retenue renforcés au droit des viaducs, dispositifs antibruit et d’éclairage, marquages au sol haute visibilité : l’ensemble forme un « filet de sécurité » qui accompagne l’usager tout au long du tracé. On peut comparer cela à l’équipement d’un sportif de haut niveau : il ne supprime pas le risque de chute, mais en atténue fortement les effets.
Des panneaux à message variable et une signalisation dynamique permettent d’alerter en temps réel les conducteurs en cas d’incident, de travaux ou d’épisodes météorologiques particuliers (fortes pluies, vents violents). Ce type de dispositif, encore peu répandu sur l’ensemble du réseau réunionnais, se développe progressivement sur les grands axes comme la Route des Tamarins, renforçant la réactivité des gestionnaires et la capacité d’information des usagers.
À terme, l’intégration d’outils numériques (applications mobiles d’information trafic, données en temps réel) devrait further améliorer cette dimension. En consultant l’état du trafic avant de prendre la route, vous pouvez par exemple décaler votre départ ou choisir un itinéraire alternatif en cas de congestion exceptionnelle, ce qui participe indirectement à la sécurité globale.
Gestion du trafic pendulaire et mobilité quotidienne des réunionnais
La Route des Tamarins est aujourd’hui au cœur de la mobilité pendulaire entre le Nord, l’Ouest et le Sud. Chaque matin et chaque soir, des dizaines de milliers d’actifs l’empruntent pour rejoindre leur lieu de travail ou d’études. Cette fonction de « colonne vertébrale » impose une gestion fine du trafic, en lien avec les autres modes de transport et les politiques publiques de mobilité.
Absorption des flux domicile-travail entre l’ouest et le bassin d’emploi sud
Le bassin d’emploi sud, structuré autour de Saint-Pierre, Saint-Louis et Le Tampon, a vu son influence s’étendre vers l’Ouest grâce à la Route des Tamarins. De nombreux actifs résidant à L’Étang-Salé, Les Avirons, Saint-Leu ou même Saint-Paul ont désormais accès, dans un temps raisonnable, aux opportunités professionnelles offertes par ces communes. L’axe à 2×2 voies joue ici le rôle d’absorbeur de flux, en accueillant une grande part des déplacements pendulaires quotidiens.
Ce phénomène a contribué à une certaine redistribution des flux de population et d’emplois à l’échelle de l’île. Là où les choix résidentiels étaient auparavant fortement conditionnés par la proximité immédiate du lieu de travail, la qualité de l’infrastructure routière permet désormais d’envisager des trajectoires plus souples. Pour vous, cela signifie plus de liberté pour choisir entre cadre de vie (hauts, littoral, proximité des plages) et opportunités professionnelles diversifiées.
Cette intensification des flux pendulaires pose toutefois des défis : gestion des pointes de circulation, émissions de gaz à effet de serre, fatigue des conducteurs. C’est pourquoi la Route des Tamarins est appelée à travailler de plus en plus en complémentarité avec les transports collectifs régionaux, plutôt qu’en simple support de la voiture individuelle.
Complémentarité avec le réseau car jaune et les transports collectifs régionaux
Le réseau Car Jaune et les autres lignes de bus interurbaines utilisent la Route des Tamarins pour proposer des liaisons rapides entre les principaux pôles urbains. En empruntant la voie express, les autocars gagnent un temps précieux par rapport aux anciens itinéraires littoraux, ce qui améliore l’attractivité de l’offre de transport collectif. Pour un étudiant ou un salarié ne disposant pas de voiture, cette complémentarité est essentielle pour accéder à l’emploi, à la formation ou aux loisirs.
À moyen terme, l’enjeu pour les autorités organisatrices de la mobilité est de renforcer cette synergie : création de parkings relais à proximité des échangeurs, offre de bus express aux heures de pointe, meilleure coordination des horaires. Imaginez pouvoir laisser votre voiture à un échangeur des hauts de l’Ouest, puis rejoindre en bus rapide Saint-Pierre ou Saint-Denis via la Route des Tamarins : ce type de scénario est au cœur des réflexions actuelles en matière de mobilité durable.
En tant qu’usager, vous avez aussi un rôle à jouer en explorant ces alternatives, notamment pour vos déplacements réguliers. Dès qu’un nombre significatif de personnes bascule de la voiture solo vers le covoiturage ou le bus express, la pression sur la Route des Tamarins s’allège mécaniquement aux heures de pointe, au bénéfice de tous.
Stratégies de délestage lors des pics de circulation aux heures de pointe
Malgré ses capacités, la Route des Tamarins connaît, comme tout grand axe structurant, des pics de saturation aux heures de pointe, en particulier à proximité des échangeurs les plus sollicités (Saint-Paul, L’Éperon, L’Étang-Salé). Les gestionnaires du réseau routier ont mis en place différentes stratégies de délestage : information en temps réel, recommandations d’itinéraires alternatifs, coordination avec les dispositifs de régulation sur la RN1 et la RN2.
En cas d’incident majeur (accident, véhicule en panne, épisode météorologique extrême), des plans de déviation préétablis permettent de reporter temporairement une partie du trafic sur des itinéraires de substitution. Ces scénarios restent toutefois complexes, car les axes alternatifs disposent de capacités limitées : il s’agit donc d’un usage ponctuel, et non d’une solution durable. Vous pouvez contribuer à limiter les effets de ces situations en anticipant vos déplacements, en consultant les informations trafic et, lorsque c’est possible, en décalant vos horaires.
À plus long terme, la combinaison d’outils de gestion intelligente du trafic (capteurs, données en temps réel, intelligence artificielle) et d’une offre renforcée de transports collectifs est appelée à jouer un rôle croissant. L’objectif est de transformer la Route des Tamarins en un corridor de mobilité multimodal, et non plus seulement en une quatre voies automobile.
Développement territorial et aménagement du littoral ouest réunionnais
Enfin, la Route des Tamarins est un puissant vecteur de réorganisation territoriale. En structurant un axe à mi-pente, elle redessine la hiérarchie des espaces habités et des zones d’activités, en particulier dans les hauts de l’Ouest. Des secteurs jadis considérés comme « enclavés » deviennent des lieux de résidence recherchés, tandis que de nouvelles polarités économiques émergent à proximité des échangeurs.
Valorisation foncière des communes traversées : le tévelave et les makes
Bien que situés en retrait du tracé direct, des villages comme Le Tévelave ou Les Makes bénéficient indirectement de la valorisation foncière induite par la Route des Tamarins. L’amélioration générale de l’accessibilité de l’Ouest et du Sud rend ces secteurs de hauts plus attractifs pour l’habitat, le tourisme vert et les activités de pleine nature (gîtes, chambres d’hôtes, randonnées, observatoires astronomiques).
Les temps d’accès se réduisent, les services deviennent plus proches, et la perception de l’« éloignement » évolue. Il devient plus envisageable pour un ménage de s’installer dans ces villages tout en travaillant dans un pôle d’emploi situé sur le littoral ou à proximité d’un échangeur. Cette dynamique contribue à une meilleure répartition de la population entre bas et hauts, en limitant la pression foncière sur le strict littoral.
Cependant, cette valorisation foncière doit être accompagnée par des politiques d’aménagement maîtrisées : planification urbaine, préservation des espaces agricoles, gestion des risques naturels. Sans cela, le risque serait de reproduire, en altitude, les mêmes tensions et déséquilibres que sur le littoral ouest.
Attractivité résidentielle accrue dans les hauts de l’ouest
Plus largement, les hauts de l’Ouest – de Plateau Caillou à Piton Saint-Leu, en passant par Les Colimaçons – connaissent une attractivité résidentielle accrue depuis l’ouverture de la Route des Tamarins. Ces quartiers offrent un cadre de vie apprécié (climat plus frais, vues panoramiques, proximité relative de la mer) tout en étant désormais bien connectés aux pôles d’emploi de Saint-Paul, de la côte balnéaire et du Sud.
Pour de nombreux ménages, le compromis devient séduisant : habiter au calme, à quelques minutes d’un échangeur, et rejoindre rapidement son lieu de travail ou les services urbains. Cette tendance s’accompagne d’un développement des équipements de proximité (écoles, commerces, services), renforçant encore l’autonomie de ces quartiers. On assiste ainsi à l’émergence de véritables centralités de mi-pente, qui complètent les centres-villes historiques situés sur le littoral.
Cette attractivité pose toutefois des enjeux en matière de mobilité durable : comment éviter que chaque nouveau ménage ne génère automatiquement deux voitures supplémentaires sur la Route des Tamarins ? La réponse passe par un urbanisme mieux connecté aux transports collectifs et aux mobilités actives, de manière à limiter la dépendance à la voiture individuelle pour tous les déplacements.
Perspectives d’extension vers Saint-Joseph et interconnexion avec la route du littoral
La Route des Tamarins s’inscrit dans une vision à long terme de l’armature routière de La Réunion. Les réflexions sur l’avenir du réseau évoquent régulièrement la nécessité d’améliorer encore l’accessibilité du Sud profond, vers Saint-Joseph, ainsi que le renforcement de l’interconnexion avec la Route du Littoral entre Saint-Denis et La Possession. L’objectif : constituer un véritable « anneau » performant autour de l’île, tout en tenant compte des contraintes environnementales et financières.
Vers le Sud, des projets et études ont porté sur l’optimisation de la liaison entre Saint-Pierre, Saint-Joseph et le Sud sauvage, avec éventuellement des sections à gabarit amélioré ou des contournements de bourgs. Si aucune « extension directe » de la Route des Tamarins n’est actée à ce jour, son existence facilite la mise en cohérence de ces futurs aménagements, en offrant déjà un socle solide entre L’Étang-Salé et Saint-Pierre.
Au Nord, la question de l’interconnexion avec la Nouvelle Route du Littoral (NRL) est centrale. À mesure que la NRL se déploie, la continuité en voie rapide depuis Saint-Denis jusqu’au Sud se renforce, faisant de la Route des Tamarins une pièce maîtresse de ce puzzle. À terme, vous pourriez ainsi circuler, quasiment en continu, sur des axes de type voie express ou autoroute depuis Saint-Benoît jusqu’aux portes du Sud sauvage, en bénéficiant d’un niveau élevé de sécurité et de confort. Le défi des prochaines années sera d’accompagner cette montée en puissance par des solutions de mobilité plus durables, afin que cette performance routière ne se traduise pas mécaniquement par une explosion du trafic automobile.