Publié le 15 mars 2024

La beauté d’une plante tropicale à La Réunion est souvent un piège : les pires pestes végétales ont été introduites sur l’île pour leurs qualités esthétiques.

  • Des espèces comme le Longose ou la Vigne marronne, encore admirées par certains, sont en réalité des envahisseurs qui asphyxient la forêt indigène et menacent les espèces endémiques.
  • Des institutions historiques, tel le Jardin de l’État, ont involontairement servi de point d’entrée à ces catastrophes écologiques en acclimatant des plantes ornementales ou utiles qui se sont ensuite « échappées ».

Recommandation : Apprendre à identifier correctement ces espèces pour cesser de les planter, de les propager et pour signaler leur présence est une action bien plus décisive pour l’avenir de la biodiversité que l’arrachage seul.

Imaginez une randonnée dans les hauts de La Réunion. Au détour d’un sentier, une cascade de fleurs jaunes éclatantes attire votre regard. L’envie de prendre une photo, voire de cueillir une bouture pour son jardin, est presque instinctive. Pourtant, ce geste, motivé par l’admiration pour une beauté tropicale, pourrait être une terrible erreur. Cette plante séduisante est probablement le Longose, l’une des pires pestes végétales de l’île, un envahisseur qui étouffe silencieusement la forêt originelle. Beaucoup pensent que la lutte contre les espèces invasives se résume aux grands chantiers d’arrachage de Goyaviers. C’est une partie de la solution, mais le cœur du problème est ailleurs, plus subtil : il réside dans notre regard.

La confusion entre une plante ornementale exotique et une espèce endémique précieuse est la principale porte d’entrée des invasions. Ce guide ne se contente pas de lister les « mauvaises » plantes. Sa mission est de vous apprendre à déconstruire cette esthétique trompeuse, à voir au-delà de la fleur pour comprendre l’impact écologique dévastateur qui se cache derrière. Nous allons explorer comment des introductions, parfois vieilles de plusieurs siècles et motivées par des raisons économiques, ornementales ou même médicinales, sont devenues les racines de la crise de la biodiversité actuelle à La Réunion. L’objectif est de transformer chaque amoureux de la nature, chaque jardinier, chaque randonneur, en un gardien averti de cet écosystème unique au monde.

Cet article a été conçu pour vous fournir les clés de discernement essentielles. Nous allons d’abord identifier les ennemis publics numéro un de nos forêts, puis apprendre à reconnaître les trésors endémiques. Nous verrons pourquoi l’idée de ramener un « souvenir végétal » est un danger, comment agir concrètement sur le terrain, et nous plongerons même dans l’univers des « zerbaz » pour comprendre la relation complexe des Réunionnais à leur flore. Enfin, nous remonterons aux origines de ces invasions pour comprendre comment tout a commencé, et nous finirons par une immersion dans la forêt de Bélouve, un lieu idéal pour mettre en pratique vos nouvelles connaissances.

Pourquoi le Longose ou la Vigne marronne sont-ils les ennemis n°1 de la forêt ?

Leur beauté est leur meilleur camouflage. Le Longose (*Hedychium gardnerianum*), avec ses épis de fleurs jaunes parfumées, et la Vigne marronne (*Rubus alceifolius*), avec ses lianes vigoureuses, semblent à première vue faire partie intégrante du paysage tropical luxuriant. La réalité est une véritable déclaration de guerre biologique. Ces espèces ne cohabitent pas avec la flore locale : elles l’éradiquent. Le Longose, introduit d’Himalaya comme plante ornementale dans les années 1980, est un exemple parfait de cette beauté trompeuse. Son système de rhizomes est si dense qu’il forme un tapis impénétrable sur le sol forestier, empêchant la moindre graine de plante endémique de germer. C’est une asphyxie lente et totale de la régénération de la forêt.

Cette guerre silencieuse est menée par un véritable bataillon d’envahisseurs. Les chiffres officiels sont alarmants : selon les données de l’INSEE et de la DEAL Réunion, on dénombrait déjà 176 espèces exotiques à caractère envahissant présentes sur l’île en 2020. La Vigne marronne, quant à elle, utilise une stratégie de conquête verticale. Elle s’enroule autour des troncs des arbres indigènes, notamment les Fanjans, les privant de lumière et les faisant ployer sous son poids jusqu’à leur mort. L’absence de prédateurs naturels et un climat idéal ont transformé La Réunion en un paradis pour ces pestes, et en un enfer pour la biodiversité unique qu’elle abrite. Reconnaître leur danger, c’est comprendre que leur prolifération n’est pas un phénomène naturel, mais le résultat d’une introduction humaine aux conséquences désastreuses.

Tapis dense de rhizomes de Longose recouvrant le sol forestier, illustrant l'asphyxie des sols

L’image ci-dessus illustre parfaitement cette asphyxie silencieuse. Ce qui ressemble à un parterre végétal uniforme est en fait une monoculture stérile qui anéantit toute la complexité de l’écosystème forestier. Chaque fleur de Longose plantée dans un jardin a le potentiel de libérer des milliers de graines qui coloniseront les milieux naturels avoisinants. La lutte commence donc par un refus catégorique de planter, d’échanger ou de vendre ces ennemis de la nature.

Bois de Joli Cœur ou Change-Écorce : quelles plantes péi observer facilement ?

Heureusement, la flore de La Réunion ne se résume pas à ses envahisseurs. L’île abrite un trésor de biodiversité avec un taux d’endémisme exceptionnel. Apprendre à reconnaître les « plantes péi », c’est redécouvrir la véritable identité botanique de l’île. Le Change-Écorce (*Aphloia theiformis*), par exemple, est un spectacle en soi. Facilement observable sur le sentier de la Roche Écrite, son tronc lisse se desquame en plaques colorées, passant du vert au rouge et à l’orangé. Le Bois de Joli Cœur (*Pittosporum senacia*), quant à lui, séduit par ses délicates fleurs roses et son feuillage élégant. Contrairement aux pestes, ces espèces sont parfaitement intégrées à leur écosystème, jouant un rôle vital pour la faune locale.

La confusion est cependant facile pour un œil non averti. Une fleur rose peut vite être prise pour une autre, mais des détails permettent de ne pas se tromper. C’est là que l’observation attentive devient un acte de préservation. Pour aider à cette identification, le tableau suivant met en lumière les différences clés entre quelques joyaux endémiques et leurs imitateurs invasifs. Savoir distinguer un Tamarin des Hauts d’un simple Acacia, c’est déjà protéger la forêt.

Comparaison entre plantes endémiques et pestes végétales ressemblantes
Plante endémique Caractéristiques Peste végétale ressemblante Comment différencier
Tamarin des Hauts Feuilles en forme de faucille Acacia Le Tamarin a des gousses plates, l’Acacia des gousses rondes
Bois de Joli Cœur Fleurs roses délicates Bégonia envahissant Bois de Joli Cœur a des feuilles simples, Bégonia des feuilles asymétriques
Fanjan Fougère arborescente Fougère aigle Fanjan forme un tronc, la fougère aigle reste au sol

Pour admirer ces espèces dans leur milieu naturel, plusieurs sentiers sont de véritables musées à ciel ouvert. La forêt de Bélouve est célèbre pour ses cathédrales de Fanjans, tandis que le Maïdo offre un aperçu spectaculaire sur les forêts de Tamarins des Hauts. La forêt de Mare Longue, l’une des dernières forêts primaires de basse altitude, regorge de « Bois de couleur » endémiques. Chaque balade devient une opportunité d’affûter son regard et de s’émerveiller devant la flore originelle de l’île.

L’erreur de vouloir ramener une bouture dans sa valise vers la métropole

L’intention est souvent innocente : conserver un souvenir vivant d’un voyage inoubliable. Pourtant, glisser une bouture d’orchidée sauvage, une graine de fleur colorée ou un morceau de plante exotique dans sa valise est un acte aux conséquences potentiellement graves, à la fois pour l’écosystème de départ et pour celui d’arrivée. Le transport de végétaux est très réglementé et pour une bonne raison : c’est l’un des principaux vecteurs d’invasions biologiques à l’échelle mondiale. En ramenant une plante de La Réunion, vous pourriez sans le savoir exporter une future peste végétale en métropole, ou ailleurs. Inversement, introduire une plante non contrôlée sur l’île, même pour son jardin personnel, c’est jouer à la roulette russe avec l’équilibre fragile de la biodiversité locale.

L’enjeu est de taille. Comme le souligne la Direction de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DEAL) de La Réunion, la situation est déjà critique. Voici ce que leur analyse met en lumière :

À La Réunion, où 30% des habitats d’origine sont encore présents et inclus depuis 2007 dans le cœur du Parc National, les espèces invasives sont devenues la première cause de perte de biodiversité.

– DEAL Réunion, Direction de l’environnement, de l’aménagement et du logement

Ce chiffre met en perspective la responsabilité de chacun. Chaque plante déplacée sans précaution est une menace potentielle. Heureusement, il existe des alternatives légales et respectueuses pour rapporter un souvenir végétal. Des pépiniéristes agréés sur l’île proposent à la vente des graines ou des plants certifiés d’espèces endémiques, comme le magnifique Bois de Papaye, avec toutes les autorisations nécessaires pour le transport. Une autre approche, tout aussi enrichissante, est de soutenir l’artisanat local qui valorise intelligemment les pestes végétales. Acheter un objet en bois de Goyavier, par exemple, participe à l’effort de lutte tout en encourageant l’économie circulaire. Enfin, un beau livre sur la flore réunionnaise est un souvenir durable qui éduque et émerveille, sans mettre en péril le moindre écosystème.

Arracher ou signaler : que faire si vous voyez une espèce invasive en zone protégée ?

Face à une plante suspecte en pleine nature, le premier réflexe peut être de vouloir l’arracher. Si l’intention est louable, l’action peut parfois être contre-productive. Un arrachage maladroit, notamment près d’un cours d’eau, peut disséminer des fragments de racines ou des graines, et ainsi propager l’invasion au lieu de la contenir. La bonne réaction dépend de l’espèce, de sa taille et de votre degré de certitude. Le rôle du citoyen en tant que gardien de l’écosystème est avant tout d’être un observateur vigilant et un rapporteur fiable. Le signalement est l’arme la plus puissante du randonneur ou du promeneur.

Des outils modernes et simples d’utilisation ont été mis en place pour faciliter cette démarche. L’application mobile Ouitim ou le site web du GEIR (Groupe Espèces Invasives de La Réunion) permettent d’envoyer une alerte en quelques clics, idéalement avec une photo géolocalisée. Ce geste simple alimente un réseau de surveillance crucial qui permet aux professionnels d’intervenir rapidement et efficacement, surtout lorsqu’il s’agit de nouvelles invasions. L’efficacité de ce réseau est prouvée : il a permis l’émission de plus de 200 fiches alertes depuis 2002, contribuant à la détection précoce de plus d’une centaine d’espèces exotiques. Pour vous aider à prendre la bonne décision sur le terrain, voici une checklist pratique.

Votre plan d’action face à une plante suspecte

  1. Identifier et signaler : En cas de doute, ne touchez à rien. Prenez une photo géolocalisée et signalez votre observation via l’application Ouitim ou le site especesinvasives.re. C’est l’action prioritaire.
  2. Arrachage limité et certain : N’arrachez que si vous êtes absolument certain de l’identification et s’il s’agit de très jeunes plantules (ex: jeunes Goyaviers, premières pousses de Longose) loin des cours d’eau.
  3. Respecter les zones sensibles : Ne jamais arracher une plante sur une berge ou dans un ravin. Le risque de dissémination par l’eau est maximal.
  4. Participer de manière encadrée : Pour une action à plus grande échelle, la meilleure solution est de rejoindre les « chantiers verts » organisés par des associations locales (comme Palmeraie-Union) ou le Parc National.
  5. Alerter en cas d’inconnu : Si vous pensez avoir découvert une nouvelle espèce suspecte, non répertoriée dans les guides courants, l’alerte est d’autant plus urgente. Votre observation pourrait empêcher une future catastrophe écologique.

Agir de manière informée est la clé. Participer à un chantier vert est une expérience extrêmement gratifiante, où l’on apprend à reconnaître les espèces tout en contribuant concrètement à la restauration des milieux. C’est le moyen le plus sûr et le plus efficace d’apporter sa pierre à l’édifice.

Tisaneur ou « zerbaz » : comment la flore locale soigne les Réunionnais depuis toujours ?

La relation des Réunionnais à leur flore est profonde, intime et ancrée dans une tradition séculaire : celle des « zerbaz ». Les tisaneurs, ou « zerbazèr », sont les détenteurs d’un savoir précieux sur les plantes médicinales de l’île, transmis de génération en génération. Cette pharmacopée créole est un pilier de la culture locale, où chaque « mal » a sa plante. On y trouve le Faham, une orchidée utilisée pour les affections respiratoires, ou le Bois d’Osto, réputé pour ses propriétés dépuratives. Ces plantes, appelées « zerbaz péi », sont des espèces endémiques ou indigènes dont l’usage est en parfaite harmonie avec l’écosystème.

Cependant, la mondialisation des échanges végétaux a introduit un véritable paradoxe culturel. L’Ayapana, par exemple, est une plante incontournable dans de nombreux jardins créoles, largement utilisée en tisane pour ses vertus digestives. Originaire d’Amérique du Sud, elle a été importée pour ses propriétés médicinales. Le problème ? Elle est aujourd’hui classée comme une espèce invasive, s’échappant des jardins pour coloniser les milieux naturels. Ce cas illustre la tension complexe entre la préservation d’un patrimoine culturel immatériel et les impératifs de la conservation écologique. Les tisaneurs les plus avertis en ont conscience et tendent aujourd’hui à privilégier et à revaloriser l’usage des « zerbaz péi » au détriment des plantes exotiques, même si elles sont entrées dans les mœurs.

Mains de tisaneur préparant des plantes médicinales endémiques de La Réunion, comme le Faham ou le Bois d'Osto

Il est donc essentiel de bien distinguer les catégories de plantes. Une « mauvaise herbe » (adventice) qui pousse dans un champ de canne n’est pas une « peste végétale ». La peste est une espèce exotique envahissante (EEE) qui menace activement la biodiversité. Le savoir des tisaneurs, lorsqu’il se concentre sur la flore indigène, est un allié puissant pour la protection de la nature, car il donne une valeur utilitaire et culturelle aux plantes qu’il faut absolument préserver.

Tamarin des Hauts ou Fanjan : comment reconnaître les arbres emblématiques ?

Au-delà des fleurs et des arbustes, les forêts de La Réunion sont structurées par des arbres emblématiques, véritables piliers de la biodiversité. Le Tamarin des Hauts (*Acacia heterophylla*) est l’âme des forêts d’altitude, notamment au Maïdo. Cet arbre endémique, avec son port tortueux et ses feuilles uniques en forme de faucille (phyllodes), crée des paysages féeriques, souvent baignés de brouillard. Il est le symbole de la résilience de la nature face aux conditions climatiques des hauts de l’île. Reconnaître un Tamarin des Hauts, c’est identifier le gardien des cirques.

Un autre pilier de l’écosystème, plus bas en altitude, est le Fanjan (*Cyathea sp.*), la fougère arborescente. En se promenant dans la forêt de Bélouve, on ne marche pas sous des arbres, mais sous des cathédrales de Fanjans géants. Le tronc du Fanjan, appelé « paille-fanjan », n’est pas du bois mais un enchevêtrement de racines. Ce support unique est un micro-habitat vital, servant de refuge et de substrat à des dizaines d’espèces d’orchidées, de mousses et d’autres plantes épiphytes. Il agit comme une éponge, capturant l’humidité des nuages et la redistribuant, jouant un rôle crucial dans le cycle de l’eau.

Mais ce géant est fragile. Il est la victime désignée de la Vigne marronne. C’est ici que se joue une véritable tragédie écologique silencieuse. La liane invasive utilise le tronc du Fanjan comme un tuteur pour grimper vers la lumière. Année après année, elle s’épaissit, s’enroule, et son poids finit par faire ployer la fougère géante jusqu’à ce qu’elle s’effondre. La vigne l’étouffe aussi en la privant de lumière. Observer un Fanjan étranglé par la Vigne marronne est une leçon brutale et visuelle de la lutte pour la survie qui se joue dans nos forêts. Protéger ces arbres emblématiques, c’est protéger l’architecture même de la forêt primaire réunionnaise.

Comment les épices ont-elles atterri à La Réunion grâce à ce jardin d’acclimatation ?

Pour comprendre la crise actuelle des invasions, il faut remonter le temps jusqu’au 18ème siècle et visiter le « Patient Zéro » de nombreuses catastrophes écologiques : le Jardin de l’État à Saint-Denis. Créé à l’initiative de botanistes comme Joseph Hubert et Pierre Poivre, sa mission originelle était noble et stratégique : acclimater des plantes à épices (giroflier, muscadier) et d’autres végétaux utiles venus du monde entier pour briser le monopole commercial des Hollandais. Ce jardin fut un succès agronomique et une pépinière d’innovations pour l’île Bourbon.

Cependant, sans le savoir, ces pionniers ont ouvert la boîte de Pandore. En introduisant des milliers d’espèces pour leur potentiel économique ou ornemental, ils ont aussi importé de futurs envahisseurs. Le Jardin de l’État est devenu la porte d’entrée involontaire de nombreuses pestes. Le Goyavier, par exemple, a été introduit pour ses fruits délicieux. Le Longose, pour sa beauté. Une fois acclimatées, ces espèces n’ont pas tardé à « s’échapper » du jardin, transportées par les oiseaux ou les hommes, pour commencer leur conquête de l’île. L’ampleur du phénomène est vertigineuse, comme le rappelle l’Office National des Forêts :

L’histoire de ce jardin est une leçon d’humilité. Elle nous montre comment une action menée avec les meilleures intentions, dans un contexte de développement économique, peut se transformer en un problème écologique majeur des siècles plus tard, quand l’espèce introduite révèle sa nature envahissante. Selon l’ONF, plus de 3 000 espèces végétales ont été amenées sur l’île, volontairement ou non. Près de 1 000 se sont naturalisées et plus d’une centaine sont devenues des menaces critiques. Comprendre cette origine historique est fondamental : cela prouve que la plupart des pestes ne sont pas arrivées « par hasard », mais sont le fruit de choix humains passés.

À retenir

  • La plupart des pires pestes végétales de La Réunion (Longose, Goyavier) ont été introduites volontairement pour leur beauté ornementale ou leur utilité, avant de devenir des catastrophes écologiques.
  • Le signalement d’une espèce suspecte via des outils comme l’application Ouitim est une action citoyenne plus efficace et plus sûre que l’arrachage improvisé.
  • La confusion entre une espèce endémique (ex: Tamarin des Hauts) et une espèce invasive ressemblante (ex: Acacia) est un danger majeur. Apprendre à les différencier est un acte de protection.

Pourquoi la forêt de Bélouve est-elle le spot idéal pour une immersion nature sans effort physique intense ?

La forêt de Bélouve n’est pas seulement l’un des joyaux naturels de La Réunion, elle est aussi une salle de classe à ciel ouvert, un laboratoire parfait pour quiconque souhaite apprendre à lire le paysage et comprendre la lutte entre la flore endémique et les espèces invasives. Facilement accessible, avec des sentiers plats et bien entretenus, elle permet une immersion profonde dans une forêt primaire de Fanjans et de Tamarins sans nécessiter une condition physique d’athlète. C’est le lieu idéal pour une sortie en famille ou une première approche de la botanique locale. Malheureusement, même ce sanctuaire, au cœur du Parc National, n’est pas épargné par la menace. Les chiffres sont un électrochoc : selon des données récentes, en 2019, seulement 15% des zones à enjeu de conservation (soit 16 000 hectares) sur l’île étaient totalement dépourvues d’envahissement.

Bélouve incarne à la fois la splendeur de ce qui doit être sauvé et la virulence de la menace. En marchant sur les sentiers, un œil averti peut observer des scènes édifiantes. Le Parc National et ses partenaires y mènent une lutte acharnée. On peut ainsi voir des parcelles entièrement « nettoyées » du Longose où la lumière atteint à nouveau le sol et où de jeunes pousses de plantes endémiques reprennent leurs droits. Quelques mètres plus loin, le contraste est saisissant avec une parcelle encore envahie, sombre, où rien ne pousse sous le tapis de rhizomes.

Pour transformer votre prochaine balade à Bélouve en une véritable session d’observation active, voici quelques points d’intérêt à rechercher :

  • La reconquête : Cherchez les zones fraîchement libérées par les équipes du Parc. Vous y verrez de jeunes Tamarins et Bois de couleur pointer le bout de leurs feuilles, illustrant la résilience de la nature quand on lui en donne la chance.
  • Le front de la bataille : Observez la lisière entre une parcelle de Longose et la forêt saine. C’est le « front » où la bataille pour chaque centimètre carré de terrain se joue.
  • La tragédie du Fanjan : Repérez un Fanjan enlacé par la Vigne marronne. C’est l’illustration parfaite et poignante de l’impact direct d’une peste sur une espèce emblématique.
  • La beauté fatale : Ne vous laissez pas duper. Si vous voyez les jolies fleurs jaunes du Longose, rappelez-vous qu’elles sont le symbole de l’invasion et non un simple ornement de la forêt.

Cette forêt est une leçon vivante. Pour bien préparer votre prochaine visite, n’hésitez pas à revoir les points d'observation clés à Bélouve.

La protection de La Réunion commence par un regard éduqué. Lors de votre prochaine sortie, ne vous contentez plus d’admirer : observez, identifiez et, en cas de doute, signalez. Chaque alerte est une graine d’espoir pour la forêt de demain.

Rédigé par Élodie Techer, Ingénieure écologue et consultante en tourisme durable, spécialiste de la flore endémique et de la réglementation du Parc National. Elle accompagne les acteurs du tourisme dans l'obtention du label "Esprit Parc" et la lutte contre les espèces invasives.