Les trois cirques de La Réunion constituent l’un des patrimoines naturels les plus spectaculaires de l’océan Indien. Nés de l’érosion colossale du piton des Neiges, ces amphithéâtres naturels offrent aux randonneurs des expériences radicalement différentes selon leurs aspirations et leur niveau technique. Alors que Mafate demeure accessible uniquement à pied, préservant son caractère sauvage et authentique, Salazie séduit par sa luxuriante végétation tropicale et ses cascades emblématiques. Cilaos, quant à lui, combine accessibilité routière et défis montagnards, notamment l’ascension du toit de l’océan Indien.

Chaque cirque développe ses propres caractéristiques géomorphologiques, climatiques et logistiques qui déterminent les stratégies de randonnée. Les différences d’altitude, de dénivelé, de réseau de sentiers et d’infrastructure d’hébergement influencent directement le choix des itinéraires et la préparation nécessaire. Comprendre ces spécificités permet d’adapter son approche selon que vous recherchiez une immersion totale dans la nature préservée, une découverte familiale des paysages réunionnais, ou un défi sportif de haute montagne.

Caractéristiques géomorphologiques et accessibilité des trois cirques réunionnais

Formation volcanique du piton des neiges et spécificités géologiques de chaque cirque

L’histoire géologique des trois cirques débute il y a environ 3 millions d’années avec la formation du piton des Neiges, ancien volcan bouclier qui culminait initialement à 4 500 mètres d’altitude. Les effondrements successifs de caldeiras, combinés à l’érosion tropicale intense, ont sculpté ces trois amphithéâtres naturels aux caractéristiques distinctes. Mafate présente les formations rocheuses les plus abruptes et les plus tourmentées, avec des remparts quasi-verticaux atteignant parfois 1 000 mètres de dénivelé. Cette géomorphologie particulière explique son isolement total et l’absence de routes carrossables.

Salazie se distingue par ses formations géologiques plus tendres, favorisant l’érosion hydrique qui a creusé de profondes ravines et créé un réseau hydrographique dense. Les coulées basaltiques alternent avec des formations bréchiques plus friables, créant un relief moins vertical que Mafate mais tout aussi spectaculaire. Cette géologie particulière favorise la rétention d’humidité et explique la végétation luxuriante caractéristique du cirque.

Cilaos présente une géomorphologie intermédiaire, avec des formations volcaniques plus récentes et des cônes adventices bien préservés. Les coulées phonolitiques du piton des Neiges ont créé des planèzes étagées qui facilitent l’installation humaine et l’agriculture. Cette structure géologique explique pourquoi Cilaos a pu être accessible par une route, contrairement aux deux autres cirques.

Altitudes et dénivelés comparatifs entre mafate, salazie et cilaos

Les variations altitudinales constituent l’un des facteurs déterminants pour la planification des randonnées dans les cirques. Mafate s’étale entre 400 mètres au niveau de la rivière des Galets et 2 991 mètres au Grand Bénare, offrant des dénivelés considérables sur de courtes distances horizontales. L’îlet de Marla, perché à 1 640 mètres, représente l’habitat permanent le plus élevé, tandis que La

Nouvelle, autour de 1 450 mètres, illustre bien ces variations, avec des montées et descentes successives qui cumulent rapidement plusieurs centaines de mètres de dénivelé positif. Pour un même nombre de kilomètres parcourus, une randonnée dans Mafate sera donc nettement plus exigeante physiquement qu’un itinéraire côtier ou en forêt de basse altitude.

Salazie affiche des altitudes plus modérées sur les secteurs habités, généralement entre 700 et 1 200 mètres (Hell-Bourg se situant vers 930 mètres). Les sommets qui ceinturent le cirque, comme le Piton d’Anchaing (1 352 m) ou la crête menant à la Roche Écrite (2 276 m), offrent toutefois des dénivelés conséquents pour des randonnées à la journée. Les sentiers y sont souvent plus progressifs, mais la boue et l’humidité augmentent l’effort.

Cilaos se distingue par une gamme altitudinale particulièrement intéressante pour les randonneurs : le bourg principal est perché autour de 1 200 mètres, mais sert de porte d’entrée à des itinéraires culminant à plus de 3 000 mètres, comme l’ascension du Piton des Neiges (3 071 m) via le Bloc. Sur cette seule montée, on enregistre environ 1 700 mètres de dénivelé positif, souvent réalisés en deux jours avec une nuit au refuge de la Caverne Dufour. Pour les marcheurs, Cilaos représente ainsi le cirque où l’on cumule le plus rapidement de forts dénivelés sur terrain de haute montagne.

Points d’accès routiers et héliportage vers les îlets isolés de mafate

Sur le plan de l’accessibilité, les trois cirques offrent des profils radicalement différents. Cilaos et Salazie sont reliés au littoral par une route unique, sinueuse et parfois impressionnante, mais parfaitement carrossable. La fameuse « route aux 400 virages » mène au cirque de Cilaos depuis Saint-Louis en environ 1 h 30, tandis que la D48 permet d’atteindre Salazie depuis Saint-André en une trentaine de minutes, en suivant la rivière du Mât au fond d’une gorge spectaculaire.

Mafate, lui, reste totalement dépourvu de routes. On y accède uniquement à pied par plusieurs portes d’entrée : col des Bœufs depuis Salazie, Maïdo et Dos d’Âne depuis la côte ouest, col du Taïbit depuis Cilaos, ou encore par la rivière des Galets en 4×4 jusqu’à Deux Bras avant de continuer à pied. Ce caractère enclavé explique une logistique singulière : l’héliportage assure le ravitaillement des îlets en denrées lourdes, bouteilles de gaz et matériel, tandis que le courrier et une partie des biens de consommation légère continuent d’être acheminés à pied par les sentiers.

Pour le randonneur, cette configuration implique de bien anticiper son retour vers la côte. Un itinéraire en traversée, par exemple du col des Bœufs vers le Maïdo en passant par La Nouvelle et Roche Plate, nécessite d’organiser une navette de véhicules ou un transfert en taxi 4×4 depuis le point d’arrivée. À l’inverse, les séjours centrés sur Cilaos ou Salazie sont plus simples d’un point de vue logistique : il est facile d’y revenir chaque soir en voiture ou en bus après une randonnée à la journée.

Conditions météorologiques et microclimats spécifiques à chaque cirque

Les cirques de Mafate, Salazie et Cilaos présentent des microclimats très marqués, qui influencent fortement le choix des périodes de randonnée et le matériel à emporter. Salazie, ouvert aux alizés de secteur est, est l’un des secteurs les plus pluvieux du monde, avec des cumuls annuels pouvant dépasser 6 000 mm. Les averses y sont fréquentes, souvent intenses, et la brume monte vite depuis le fond des ravines. Les sentiers y sont donc régulièrement boueux et glissants : chaussures à bonne accroche, bâtons de marche et vêtements imperméables respirants y sont presque indispensables.

Cilaos bénéficie d’un climat plus sec et plus tempéré, notamment en hiver austral (mai à octobre), avec des nuits fraîches liées à l’altitude. Le ciel se dégage souvent en matinée avant que les sommets ne s’ennuagent en milieu de journée. Sur les itinéraires en altitude, comme le Piton des Neiges ou le Gros Morne, il n’est pas rare de rencontrer des températures proches de 0 °C avant le lever du soleil, surtout entre juillet et septembre. Prévoyez donc doudoune légère, bonnet et gants fins si vous visez les levers de soleil en altitude.

Mafate offre un climat intermédiaire, généralement plus sec que Salazie mais avec une forte variabilité selon les versants. Les journées peuvent y être très chaudes, notamment en fonds de ravines ou sur les versants exposés au nord et à l’ouest, tandis que les nuits restent fraîches à Marla ou à La Nouvelle. Comme souvent à La Réunion, la règle d’or consiste à partir tôt : les meilleures fenêtres météo pour les panoramas se situent entre 6 h et 10 h, avant l’arrivée des nuages convectifs. En saison cyclonique (décembre à mars), les fortes pluies peuvent rendre certains sentiers impraticables, voire officiellement interdits par l’ONF ou la préfecture.

Réseaux de sentiers GR R1, GR R2 et itinéraires techniques de grande randonnée

Sentier du tour des cirques et variantes par les cols de taïbit et fourche

Les cirques de Mafate, Cilaos et Salazie sont reliés par un maillage de sentiers de Grande Randonnée parmi les plus spectaculaires de l’océan Indien. Le GR R1, souvent appelé « Tour du Piton des Neiges », décrit une grande boucle qui effleure les trois cirques et permet une immersion progressive dans chacun d’eux. Ce sentier, balisé en rouge et blanc, enchaîne des étapes de 5 à 8 heures de marche avec des dénivelés quotidiens pouvant dépasser 1 000 mètres.

Les variantes par les cols du Taïbit et de la Fourche sont particulièrement intéressantes pour les randonneurs souhaitant comparer les ambiances de Cilaos et Mafate. Le col du Taïbit relie le village de Cilaos à l’îlet de Marla en environ 4 à 6 heures de marche selon le niveau, avec un passage de col autour de 2 100 mètres. Cette porte d’entrée offre une transition saisissante : en quelques kilomètres, on passe de l’animation d’un bourg montagnard à l’isolement d’un îlet accessible uniquement à pied.

Le col de la Fourche, moins fréquenté, permet quant à lui de basculer entre le versant de Salazie et celui de Mafate via l’îlet de Grand Place ou d’Îlet à Bourse. Plus sauvage, plus raide, il s’adresse à des randonneurs déjà aguerris aux sentiers réunionnais. En combinant ces variantes, il est possible de construire un véritable tour des cirques de La Réunion sur 5 à 8 jours, en passant chaque nuit dans un îlet différent.

Traversée Marla-Roche plate via le sentier scout et ses passages techniques

La liaison entre Marla, au cœur de Mafate, et Roche Plate peut se faire de différentes manières, mais l’une des plus spectaculaires reste la combinaison avec le Sentier Scout, qui surplombe de profondes ravines sur le versant nord du cirque. Traditionnellement, le Sentier Scout relie le secteur du Bélier (Salazie) à Aurère, en passant par Îlet à Malheur puis Îlet à Bourse. En prolongeant cet itinéraire, on peut rejoindre Grand Place, puis Roche Plate et enfin Marla, créant ainsi une grande traversée technique de Mafate.

Le Sentier Scout se caractérise par des passages en balcon, parfois exposés, où le vide se fait bien sentir. Même si le tracé reste correctement balisé, la concentration est permanente : roches humides, marches irrégulières, passages étroits nécessitant parfois de poser les mains. Dans certains secteurs, une erreur d’inattention peut avoir de lourdes conséquences, ce qui en fait un itinéraire réservé aux randonneurs expérimentés, à l’aise avec le vide et endurants sur les longues étapes.

Pour préparer cette traversée Marla–Roche Plate via le Sentier Scout, il est essentiel d’étudier les profils de dénivelé et les temps de marche réalistes. Comptez souvent entre 7 et 9 heures d’effort cumulé sur la journée, avec plus de 1 000 mètres de positif et quasiment autant en négatif. Un départ à la frontale, tôt le matin, permet d’optimiser la marge horaire et de limiter l’exposition aux orages de fin de journée. Dans ce type de configuration, les bâtons de randonnée, une frontale fiable et une réserve d’eau conséquente ne sont plus des options, mais des éléments de sécurité.

Ascension du gros morne depuis grand place et difficultés d’orientation

L’ascension du Gros Morne (3 019 m) par son versant Mafate, depuis le secteur de Grand Place, fait partie des itinéraires les plus engagés de l’île. Moins fréquenté que la voie classique du Piton des Neiges par Cilaos, ce tracé s’adresse à des randonneurs très bien entraînés, maîtrisant la navigation en terrain de montagne. Le sentier, parfois peu marqué, serpente à travers des pentes raides, des zones de végétation serrée et des couloirs d’éboulis où il est facile de perdre le balisage.

À mesure que l’on gagne en altitude, le paysage minéral se fait plus présent et les repères deviennent moins évidents, surtout par temps brumeux. L’orientation se complique alors, notamment dans les zones sommitales où plusieurs traces peuvent se confondre. Une carte topographique récente, une application GPS de randonnée avec tracé préchargé et une bonne lecture de terrain sont fortement recommandées pour limiter les risques d’erreur.

Cette ascension illustre parfaitement la différence entre les trois cirques réunionnais : là où Salazie et, dans une moindre mesure, Cilaos offrent des itinéraires bien balisés et assez fréquentés, Mafate laisse davantage de place à l’engagement et à l’autonomie. Avant de vous lancer sur le Gros Morne par Grand Place, posez-vous la question : êtes-vous à l’aise pour gérer un itinéraire peu fréquenté, avec de possibles sections hors sentier et des retours météo parfois rapides ? Si le doute subsiste, faites appel à un accompagnateur en montagne diplômé, qui connaît les lignes de fuite et les points sensibles.

Liaison Cilaos-Mafate par le col du taïbit et gestion des dénivelés

La liaison Cilaos–Mafate par le col du Taïbit est l’un des grands classiques pour les randonneurs souhaitant basculer d’un univers à l’autre en une journée. Depuis le centre de Cilaos, on rejoint rapidement le départ du sentier au niveau d’Ilet à Cordes ou du secteur du Bloc, avant de s’engager dans une montée soutenue vers le col. Sur environ 1 000 mètres de dénivelé positif, le sentier alterne lacets en sous-bois, passages dégagés avec vues spectaculaires sur les remparts et sections plus pierreuses.

Une fois le col franchi, la descente vers Marla ou La Nouvelle demande une vigilance accrue, surtout lorsque le terrain est humide. Les genoux sont mis à rude épreuve, en particulier avec un sac à dos chargé pour plusieurs jours. Pour limiter la fatigue, il est judicieux de fractionner cette traversée en deux segments : une première étape jusque Marla, où l’on passe la nuit, puis une deuxième journée plus tranquille vers La Nouvelle ou Trois Roches.

La gestion des dénivelés sur cet itinéraire est un point clé de la réussite. Montez à votre rythme, sans chercher à suivre le tempo des randonneurs locaux ou des trailers qui s’entraînent sur ces pentes. Un départ trop rapide se paiera dans la descente, avec une augmentation du risque de chute liée à la fatigue musculaire. En planifiant des pauses régulières (toutes les 45 à 60 minutes) pour s’hydrater et grignoter, vous maintiendrez un niveau d’énergie constant et profiterez pleinement des panoramas exceptionnels que cette liaison Cilaos–Mafate a à offrir.

Hébergements en refuge et gîtes d’étape dans les îlets authentiques

Capacités d’accueil au gîte de marla et réservations obligatoires

Le gîte de Marla fait partie des hébergements phares de Mafate, tant pour sa situation que pour son ambiance typique des Hauts. Situé à environ 1 640 mètres d’altitude, il propose généralement plusieurs dortoirs de 4 à 8 lits, parfois complétés par quelques chambres doubles ou familiales selon les établissements. La capacité totale d’accueil reste volontairement limitée, afin de préserver la quiétude de l’îlet et de ne pas saturer l’approvisionnement en eau et en électricité, souvent assurée par panneaux solaires et groupes électrogènes.

En haute saison (juillet à octobre et pendant les vacances scolaires métropolitaines), la réservation au gîte de Marla est non seulement conseillée, mais quasiment obligatoire. Il n’est pas rare que les week-ends affichent complet plusieurs semaines à l’avance, en particulier pour les groupes et les familles. Sans réservation, vous risquez de devoir prolonger votre étape jusqu’à un autre îlet, au prix de plusieurs heures de marche supplémentaires et d’un dénivelé non prévu.

Dans la plupart des gîtes de Marla, la formule classique inclut le dîner, la nuitée et le petit-déjeuner. Les repas, souvent servis en table d’hôtes, sont l’occasion de déguster des spécialités créoles (cari poulet, rougail saucisses, lentilles, brèdes) et d’échanger avec les autres randonneurs. Prévoyez toujours de l’espèce : l’accès au réseau bancaire est inexistant dans Mafate et certains hébergements n’acceptent pas la carte bancaire. Un budget de 45 à 65 euros par personne et par nuit (en demi-pension) constitue une bonne base de calcul.

Gîtes communaux de la nouvelle et roche plate à mafate

La Nouvelle, plus grand îlet de Mafate, concentre une offre d’hébergement plus diversifiée, avec plusieurs gîtes communaux et privés. Les capacités y sont supérieures à celles de Marla, mais la fréquentation l’est tout autant, notamment lors des week-ends prolongés et des événements sportifs comme le Grand Raid. Les dortoirs de 6 à 10 lits sont fréquents, avec parfois quelques chambres plus intimistes pour les couples ou les familles.

Les gîtes communaux de La Nouvelle et de Roche Plate jouent un rôle central dans la logistique des treks de plusieurs jours. Ils servent de points d’étape naturels sur les grandes traversées, comme la boucle col des Bœufs–Marla–Trois Roches–La Nouvelle–col des Bœufs, ou les itinéraires Maïdo–Roche Plate–Trois Roches–La Nouvelle. À Roche Plate, l’exposition ouest du rempart procure des couchers de soleil spectaculaires, mais aussi des températures souvent plus élevées en journée que dans les îlets d’altitude comme Marla.

Ces hébergements fonctionnent sur un modèle proche de celui des refuges alpins : demi-pension ou pension complète, sanitaires partagés, parfois douche chaude sous réserve de la disponibilité en eau. Il est recommandé d’indiquer à la réservation si vous avez des contraintes alimentaires particulières (végétarien, sans porc, allergies), afin que les gérants puissent adapter les menus. L’expérience humaine, entre discussions de sentier et partage d’astuces, fait partie intégrante du charme de ces nuits en gîte.

Hébergements chez l’habitant à grand place et îlet à malheur

Dans des îlets plus petits et plus reculés comme Grand Place, Îlet à Bourse ou Îlet à Malheur, l’hébergement prend souvent la forme de gîtes chez l’habitant. L’accueil y est encore plus intimiste : une ou deux cases, quelques chambres ou dortoirs, une grande table en bois sous la varangue pour le dîner. Vous êtes alors véritablement plongé dans le quotidien des Mafatais, avec parfois la possibilité de visiter un jardin créole ou une petite exploitation de fruits et légumes.

Les capacités d’accueil y sont naturellement limitées, de l’ordre de 6 à 12 personnes maximum selon les maisons. La réservation à l’avance est donc cruciale, d’autant que ces îlets sont souvent éloignés des grandes portes de sortie du cirque. En cas de saturation, il ne sera pas toujours possible d’improviser un bivouac, notamment en période de risque d’incendie ou de fortes pluies.

Ce type d’hébergement s’adresse particulièrement aux randonneurs cherchant une expérience authentique, loin des itinéraires les plus fréquentés. Vous y découvrirez un rythme de vie différent, dépendant des ravitaillements par hélicoptère, des caprices de la météo et de la disponibilité en eau potable. En échange, vous bénéficierez de conseils de première main sur l’état réel des sentiers, bien plus précieux qu’une simple indication sur une carte.

Refuges de montagne du piton des neiges et caverne dufour

En marge des cirques mais intimement liés à eux, les refuges de haute montagne, et en particulier celui de la Caverne Dufour, jouent un rôle clé pour les randonneurs visant le sommet du Piton des Neiges. Situé vers 2 470 mètres d’altitude, ce refuge constitue le point de départ privilégié pour l’ascension finale, généralement effectuée de nuit pour assister au lever du soleil au sommet. Il dispose de plusieurs dortoirs sommaires, avec des matelas en enfilade et une capacité totale d’environ 50 à 60 personnes.

La réservation est impérative, parfois plusieurs mois à l’avance en haute saison. Sans lit réservé, vous devrez redescendre à Cilaos ou à Hell-Bourg, ce qui augmente fortement la longueur de l’étape. Les conditions y sont rustiques : pas de chauffage, confort minimal, mais une atmosphère de « camp de base » qui ravira les amateurs de haute montagne tropicale. L’ascension depuis le refuge jusqu’au sommet demande encore 2 à 3 heures de marche et environ 600 mètres de dénivelé positif.

Au-delà de la Caverne Dufour, on trouve d’autres structures plus modestes (gîtes de montagne, abris) réparties sur les lignes de crête séparant les cirques, mais leur capacité et leur niveau de confort varient beaucoup. Pour les intégrer à un itinéraire, il est indispensable de vérifier leur statut actuel (ouvert, fermé, en rénovation) auprès des offices de tourisme locaux ou du Parc national.

Niveaux de difficulté technique et préparation physique requise

Les trois cirques de La Réunion ne s’adressent pas au même public de randonneurs, et c’est ce qui fait leur complémentarité. Salazie, avec ses sentiers courts autour d’Hell-Bourg ou de Grand Îlet, convient bien aux débutants ou aux familles souhaitant découvrir la montagne réunionnaise sans engagement excessif. Les boucles de 2 à 4 heures sur des dénivelés modérés (300 à 600 mètres) permettent de se familiariser avec le terrain volcanique, la boue, les racines, tout en restant à proximité d’un village et de ses services.

Cilaos s’adresse à un public intermédiaire à confirmé. Les itinéraires comme le sentier de la Chapelle, la boucle de la cascade Bras Rouge ou le tour du Piton des Neiges exigent une bonne condition physique, un minimum d’expérience de la randonnée en montagne et un équipement adapté. Les dénivelés dépassent fréquemment les 800 à 1 500 mètres sur la journée, avec des portions techniques (marches irrégulières, pierriers, passages en bord de ravines). Une préparation de quelques semaines en amont, incluant randonnées régulières, renforcement musculaire des membres inférieurs et travail cardio, est vivement recommandée.

Mafate, enfin, représente le niveau supérieur en termes d’engagement global. Même si certains accès comme le col des Bœufs–La Nouvelle restent abordables à des randonneurs motivés, la plupart des traversées entre îlets cumulent dénivelés importants, terrain cassant, expo­sition au soleil et isolement relatif. Sur plusieurs jours, la fatigue se cumule, ce qui peut transformer une portion « moyenne » sur le papier en véritable défi. Êtes-vous capable de marcher 5 à 7 heures par jour, avec un sac de 8 à 12 kg, sur des sentiers parfois très raides ? Si la réponse est oui, Mafate vous accueillera à bras ouverts.

Quel que soit le cirque envisagé, quelques principes de base s’appliquent : partir tôt, boire régulièrement (au moins 2 litres d’eau par jour, plus en période chaude), prévoir des encas énergétiques et adapter l’allure à la plus lente des personnes du groupe. L’usage de bâtons de randonnée réduit significativement la fatigue musculaire et le risque de chute en descente, particulièrement sur les sols glissants de Salazie ou les éboulis de Cilaos. Enfin, n’oubliez pas que la météo peut transformer une randonnée simple en épreuve difficile : en cas d’avis de fortes pluies, il est plus sage de reporter son projet que de s’exposer aux crues soudaines et aux glissements de terrain.

Ravitaillement et logistique de trek multi-jours en autonomie

Organiser un trek de plusieurs jours dans les cirques de La Réunion demande une logistique plus fine qu’une simple randonnée à la journée. Dans Cilaos et Salazie, le ravitaillement reste relativement aisé : épiceries, marchés, boulangeries et restaurants permettent de compléter ses vivres au jour le jour. Il est donc possible d’y enchaîner plusieurs randonnées en étoile, en revenant chaque soir à un même hébergement où vous pourrez cuisiner ou dîner en table d’hôtes.

Dans Mafate, la donne change sensiblement. Chaque îlet dispose généralement d’une petite épicerie ou d’un snack, mais les stocks sont tributaires des rotations d’hélicoptère et de la demande des randonneurs. Les denrées de base (pâtes, riz, conserves, biscuits, eau, parfois fruits et légumes) sont disponibles, mais à des prix plus élevés que sur la côte, ce qui est logique compte tenu des contraintes de transport. Pour un trek de 3 à 5 jours, la stratégie la plus confortable consiste à combiner demi-pension en gîte (dîner + petit-déjeuner) avec un ravitaillement léger pour les pique-niques de midi.

La question de l’eau est centrale. Dans les trois cirques, l’eau courante des gîtes est en principe potable, mais il est recommandé d’emporter des pastilles de purification ou un filtre léger, surtout si vous prévoyez de remplir vos gourdes dans les ravines ou aux fontaines non contrôlées. En pleine saison chaude, comptez au moins 2 à 3 litres par personne et par jour, davantage si vous marchez longtemps sur les versants ensoleillés de Mafate.

Enfin, pensez à alléger au maximum votre sac. Sur les sentiers réunionnais, chaque kilo compte plus que sur un terrain plat. Une garde-robe « multi-couches » bien pensée (un seul pantalon de rando, un short, deux ou trois t-shirts techniques, une polaire légère, une veste imperméable, quelques sous-vêtements) suffit généralement pour une semaine, à condition de pouvoir laver et faire sécher certaines affaires en cours de route. Pour les équipements techniques (sac de couchage, réchaud), les besoins varient selon que vous misez principalement sur les gîtes ou sur le bivouac autorisé à proximité des sentiers : dans ce dernier cas, il faut aussi intégrer la gestion stricte des déchets et l’interdiction absolue de faire du feu.

Faune endémique et écosystèmes protégés du parc national de la réunion

Les trois cirques de La Réunion s’inscrivent au cœur du Parc national, lui-même classé au patrimoine mondial de l’UNESCO pour la richesse de ses écosystèmes. En rando dans Mafate, Cilaos ou Salazie, vous traversez en réalité plusieurs étages de végétation, depuis les forêts tropicales humides des bas jusqu’aux landes d’altitude et aux pelouses subalpines proches des sommets. Chacun de ces milieux abrite une faune et une flore endémiques, parfois uniques au monde.

Dans les forêts de Bélouve et de Bébour, qui recouvrent l’ancien cirque des Marsouins, mais aussi sur les versants de Salazie, vous observerez de superbes fougères arborescentes, des tamarins des Hauts tortueux, des orchidées sauvages et une multitude de mousses et de lichens. Côté faune, ouvrez l’œil pour repérer le papangue, unique rapace diurne endémique de La Réunion, ou encore le tuit-tuit (Tchitrec de La Réunion) dans les secteurs les plus préservés. Les oiseaux forestiers comme le tec-tec (Tarier de La Réunion) accompagnent souvent les randonneurs, peu farouches et curieux.

En altitude, sur les hauts de Cilaos ou autour du Piton des Neiges, la végétation se fait plus rase, avec des branles, des ambavilles et d’autres arbustes adaptés aux conditions plus rudes. Ces milieux, fragiles, se régénèrent lentement après le passage de cyclones ou d’incendies. Rester sur les sentiers balisés et éviter de piétiner les zones végétalisées est un geste simple mais essentiel pour la protection de ces écosystèmes. De la même manière, il est impératif de ne pas nourrir les animaux sauvages ni les chiens errants qui peuvent suivre les randonneurs.

Le Parc national a mis en place une signalétique spécifique et des chartes de bonne conduite pour sensibiliser les visiteurs. En respectant ces consignes (ramener tous ses déchets, limiter le bruit, ne pas cueillir les plantes), vous contribuez à préserver ce patrimoine naturel d’exception pour les générations futures. Après tout, n’est-ce pas aussi cela, l’esprit de la randonnée dans les cirques de La Réunion : profiter pleinement de paysages uniques, tout en ayant la conscience tranquille de les laisser intacts derrière soi ?